Cet article est un billet d’humeur sur le Trek du camp de base de l’Everest. Si vous cherchez des infos, allez plutôt sur ces liens :

Nouveau trek, nouvelles expériences. Honnêtement, je m’en serai voulu d’avoir manqué celui-là. Si la région des Annapurnas offre une aventure humaine exceptionnelle, par une immersion dans les villages bouddhistes authentiques de l’Himalaya, la découverte délicate et progressive des sommets, et un effort réel mais toutefois modéré, le Trek du camp de base de l’everest rend l’affaire brutale. Une grosse claque. Pas de temps d’adaptation. On est tout de suite dans le grand bain. Imaginez dormir a 5200m d’altitude avec 50% d’oxygène en moins ? Imaginez traverser les glaciers des plus hauts sommets du monde ? Imaginez gravir des cols enneigés par -20°C ? On ne pas revenir indifférent d’une telle expérience. C’est impossible. Malgré le froid, l’altitude et l’effort, une seule chose subsiste dans l’esprit une fois qu’on est en bas : revenir, et aller plus haut.

Par rapport à mon post précédent, voici un peu les principales différences que j’ai pu relever par rapport au trek des Annapurnas :

– La mentalité. Trekkeurs et népalais. Trekkeurs d’abord. La plupart des trekkeurs du Trek du camp de base de l’Everest n’ont jamais réalisé de treks de plusieurs jours. Certains n’ont même jamais marché. Il faut voir la quantité de chinois et assimilés (taïwanais / hongkongais), d’indiens, de nouveaux riches et de personnes dont ce n’est plus de leur âge de faire des trucs comme ça qui tentent l’ascension. Et évidemment quand on lutte avec soi-même, la courtoisie, même la plus élémentaire, n’est plus de rigueur. Laisser la priorité à ceux qui montent ? Rien a foutre. Dire bonjour au personnes qu’on croise dans l’autre sens (et qui nous disent bonjour, eux, dans toutes les langues possibles, sauf ceux qui sont en intégral « Quechua », de la chaussure au sac à dos, ceux-là, une langue suffit, on ne peut pas se tromper) ? Vas y que je te jette un regard de travers. Sociabiliser dans les lodges ? Laisse moi tranquille, que je caille dans mon coin. Pas le meilleur endroit pour faire des rencontres inoubliables donc.

Népalais ensuite. Les népalais du Khumbu, originellement, sont les sherpas. L’ethnie Sherpa. Cette fois, contrairement aux Annapurnas, ce sont bien les ethnies Rai et Sherpa qui possèdent les terres, les boutiques, et les lodges. Tout est payant sur Trek du camp de base de l’Everest, et tout est excessivement cher. A Namche Bazaar, tout est 3 fois le prix de Katmandou. Alors pour les denrées, je comprend. Il n’y a pas de route, et tout se fait à dos d’homme, de mule et / ou de yak. Mais 1000 NR (8€) l’heure de wifi, 350 NR 3€) l’heure de recharge de batteries ou 400 NR (3,3€) la douche chaude, c’est juste abusé. Aucune remise, aucune faveur, aucun geste commercial. Le Trek du camp de base de l’Everest c’est tout d’abord un business qui rapporte. Et il ne faut pas 3 jours pour s’en rendre compte. Trekkeur, si tu es là, c’est tout d’abord pour payer.

– la fréquentation. Il faut bien voir que la région du Khumbu en octobre c’est 9000 trekkeurs. Repartis grosso-modo a 80% sur l’unique tracé du Camp de Base de l’Everest et réparti sur une dizaine de villages. Alors oui, sur la route ça fait du monde. Ajoutez à cela porteurs et guides, et on arrive a des lodges bondés, des sentiers bondés et des cols bondés. On est loin du trek solitaire perdu dans la montagne. On trépigne, on double, on se bat pour avoir une chambre, on lutte pour faire une photo sans qu’il y ait un imbécile qui lève les bras, qui saute ou qui veut une photo de son groupe, mais avec les appareils de chacun des membres du groupe (tu la prends ta photo, et tu l’envoies à tout le monde, crétin)…

– les paysages. A couper le souffle. Chaque jour est un enchantement. Ici, on ne cherche pas les sommets derrière les nuages ou les collines, on est littéralement dans les montagnes, 360° de purs sommets aux noms barbares. A mesure que l’on gagne en altitude, ce sentiment d’immersion dans le cœur des 8000 est fort, fascinant, irréel. En arrivant dans un village installé au bord de glaciers immenses, ça devient carrément hors du commun. On ne se croirait plus sur la même planète. C’est assez difficile de décrire l’exaltation que l’on ressent lorsqu’on s’arrête sur un col, devant un panorama de montagnes colossales, de vallées décharnées et lacs aux eaux turquoises cristallines, mais croyez moi, quand on y est, c’est magique.

l’altitude. Alors là, on ne rigole plus. Et les dizaines de personnes qui redescendent quotidiennement par hélicoptère non plus à mon avis. On arrive en avion a 2900m. Le jour suivant 3500m, puis au bout de quelques jours, on dépasse 5000m. Pour y rester 3 à 5 jours. Plus si on s’embarque sur un sommet. A 5000m, on ne respire pas, même acclimaté. La pression est faible, l’oxygène raréfié. Et pourtant, il faut atteindre des sommets, gravir des sentiers abrupts, passer des cols… Là encore, il y a des recommandations à respecter, il suffit de les suivre. Après, c’est une affaire de physiologie. J’ai croisé des gens qui étaient sous diamox préventif pendant 10 jours, parce qu’ils voulaient a tout prix atteindre le camp de base de l’Everest. Perso, je n’ai pris qu’un ibuprofène sur les 14 jours de treks. Après chacun fait ce qu’il peut.

– le froid. J’ai croisé des trekkeurs qui m’ont dit « je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie ». Bon, ils étaient des australiens alors j’ai relativisé. Il fait froid c’est vrai. Mais pas tout le temps. En dessous de 3500m, la journée on est en t-shirt. Au dessus, on fait plus attention. Mais le pire, ce sont les nuits et la période entre 15h et 18h. Les nuits, parce que la température dans les chambres des lodges en préfabriqué est quasiment la même que dehors, autrement dit, entre -5 et -10°C au delà de 4800m (5 jours). Mais si on est bien couvert, et qu’on a un bon duvet, ça passe. Il faut juste se faire a l’envie d’aller faire pipi chaque fois que l’on se réveille. A 15h, les nuages descendent et on est dans le brouillard. La température avoisine zéro degré, dedans dehors. Alors on met tout ce qu’on a, deux couches, et on attend 17h30, l’heure salutaire ou la tenancière du lodge décide que c’est le bon moment pour allumer le poêle au kérosène. Quelques minutes plus tard ça chauffe, et tout le monde se rue autour, en alimentant au fur et à mesure avec des crottes de yaks sèches (typique de la région). Et on tient comme ça jusqu’au dîner.

– la difficulté. L’ascension du camp de base de l’Everest n’est pas un challenge physique. C’est un challenge physiologique. On tient le froid et l’altitude ou on ne tient pas. Personnellement, j’ai vu peu de gens qui ne tenaient pas. Et encore moins de jeunes hommes dans la fleur de l’âge comme moi où de jeunes filles. Les heures de marche quotidienne sont limitées par l’altitude, et sont très souvent inférieures à 4h, pour peu que l’on ne s’endorme par en route, à l’exception des passages de col. Tout ça pour dire qu’il n’y a pas de raison de se priver à se faire plaisir. C’est facile. Voilà. Allez, maintenant on se prend par la main et on y va.

– la spiritualité. Sur le Trek du camp de base de l’everest, on croise le monastère de Tengboche, majestueux, perché sur un éperon rocheux. Un monastère sublime, entouré de quelques lodges défraîchis. Tout la journée vont et viennent des dizaines de porteurs et muletiers pour alimenter le monastère, au son des cloches rituelles. L’atmosphère de quiétude et la lumière du soleil déclinant transcendent le caractère mystique du monastère et offrent au trekkeur une expérience spirituelle unique. Personnellement l’office, durant laquelle les moines brûlent de l’encens et boivent du thé en récitant des mantras, ne m’a pas laissé un souvenir mémorable.

– les émotions. Je vais conclure sur ce point. Waouh. Voilà. On fait des « Waouh! » et des « Putain! » à chaque fois qu’on passe un col, qu’on découvre un village, qu’on s’approche d’un glacier, qu’on gagne un panorama sur une vallée surmontée de 6000m de roches et de neige. Quand on voit le prix des plats ou d’une bouteille d’eau à Gorak Shep aussi. J’ai du faire des dizaines de « Waouh! » par jour, pour preuve les milliers de photos que je rapporte, parfois 10 fois de la même montagne ou d’une même vallée, tellement la beauté du décor est absolument fantastique.

Pour conclure, le Trek du camp de base de l’Everest est vraiment géant, vraiment, et croyez moi, ça vaut vraiment le coup de tenter cette aventure. Ce n’est ni compliqué, ni insurmontable physiquement (je l’ai fait, la preuve!) ni cher, et je vous garantis que vous vivrez une des expériences de voyage les plus extraordinaire de votre vie. Pas moins.

Trek du camp de base de l'Everest, Ama Dablam

Trek du camp de base de l’Everest, Ama Dablam (6856m) sous les nuages

Trek du camp de base de l'Everest Sentier Dingboche - Lobuche, 4500m

Trek du camp de base de l’Everest – Sentier Dingboche – Lobuche, 4500m. Vallée du Chola (partie gauche)

Trek du camp de base de l'Everest Gorak Shep (5160m) et glacier du Khumbu

Trek du camp de base de l’Everest – Gorak Shep (5160m) et glacier du Khumbu, vu du Kala Pattar (5545m)

Trek du camp de base de l'everest, porteuse devant le Thamserku

Trek du camp de base de l’Everest – Porteuse devant le Thamserku (6608m) sous les nuages

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