Camp de base Everest et Gokyo
Carnet de trek

Il y a des expériences qui marquent une vie. Celle de l’ascension jusqu’aux pieds de l’Everest, au Népal, en est une. Une aventure épique telle qu’on l’imagine. Les Annapurnas, c’était déjà mignon, mais là c’est de la folie pure, un truc de dingo. Waouh waouh waouh waouh ! Assieds-toi là, je te raconte.

De retour à Katmandou après ce premier trek dans les Annapurnas, et malgré la catastrophe du 16 octobre, je réserve un billet pour Lukla, et engage un guide pour le prochain trek. Cette décision de partir avec un guide est surtout motivée pour rassurer mes proches (seul + 1 guide = moins seul).

Autre nouvelle, le col de Kongma La est fermé aux trekkeurs non encordés. En reconsidérant le planning et ce col fermé, j’opte pour un parcours plus modeste que les 3 cols initialement prévus, en ne conservant que le plus beau, Cho La, et bien sûr le Camp de Base de l’Everest, les lacs de Gokyo et Kala Pattar.

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Camp de base Everest - Jour 0

Katmandou > Lukla (2860m)

Deux jours d’attente à l’aéroport de Katmandou pour 30 minutes de vol. Mais quel vol !

A 20 dans un petit coucou à hélices, on survole les premiers contreforts de l’Himalaya en direction des 8000 mètres, toujours plus hautes que le vol. De part et d’autre, à l’infini, s’étend les sommets enneigés de l’Himalaya, à perte de vue. L’hôtesse, on se demande pourquoi il y a une hôtesse dans un avion aussi petit d’ailleurs, distribue des bonbons à la menthe et du coton pour les oreilles avant de quitter l’avion.

La piste de Lukla n’est pas seulement spectaculaire, elle est juste invraisemblable : minuscule, à flanc de montagne et inclinée. Le pilote atterrit un peu de travers, mais proprement. Tout le monde filme avec son portable, puis applaudit. Une prouesse.

Piste d'atterrissage de Lulka

Lukla fait office de point de départ pour les aventuriers les plus riches et les moins courageux (les moins riches / plus courageux sont partis à pieds de Jiri à 7 jour de marche), comme moi.

Aucune route n’arrive jusqu’à Lukla, renforçant encore davantage le caractère « montagne » du village, où tout se fait à pied, ou à dos de yaks.

Le paysage est très différent des Annapurnas. Forêt de pins et de rhododendrons recouvrent les flancs de montagne, dont les sommets semblent déjà tout proches.

J’ai une chambre à l’Everest Eco Lodge, un lodge très très bien, rien à voir avec les guest house bricolées des Annapurnas. Même mieux que les hôtels déprimants de Thamel. 15m² de lambris, douche d’eau chaude, serviettes, vraie couette, et à peine 500 NR. Première familiarité avec le « trekking business » de l’Everest : ici le wifi est à 500NR… de l’heure.

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Camp de base Everest - Jour 1

Lukla (2860m) à Monjo (2835m)

Le sentier aménagé traverse Lukla puis pénètre dans une forêt de lauriers et de rhododendrons, avec par endroit quelques cascades. Sur les premiers kilomètres, les lodges sont tellement nombreux que l’on a l’impression de ne traverser qu’une suite de villages. Mais l’atmosphère est très détendue, plus « montagne ».

La fréquentation est elle aussi bien différente des Annapurnas. J’ai croisé au moins 200 personnes juste sur cette journée, soit 10 fois plus que sur le trek précédent. Je comprend mieux la multiplication des hébergements…

Dès le premier jour, je ressens les bénéfices de l’acclimatation du trek précédent. Le rythme de marche est beaucoup plus rapide que prévu. Les étapes ont été revues de manière à booster un peu le parcours. Nous arrivons à Monjo pour le déjeuner. Lukla – Monjo prend normalement 5h30, nous avons mis 3h30.

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Lukla (2840m)

Autre différence, des hélicoptères sillonnent le ciel en permanence, pour ravitailler les villages plus en amont, Namche Bazar notamment, récupérer quelques accidentés, et sans doute quelques occidentaux qui ont pu se permettre de se payer le voyage…

Une première journée plutôt confortable…

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Camp de base Everest - Jour 2

de Monjo (2835m) à Namche Bazar (3440m)

On rejoint le fond d’une étroite vallée peu après Monjo avant l’ascension vers Namche Bazar. Une ascension brutale de 800 mètres de dénivelé.

Passage obligatoire, une vertigineuse passerelle qui traverse les gorges à plus de 150 mètres de haut. Pas très rassurant mais si les yaks passent c’est que ça tient.

Si l’arrivée en avion à Lukla était déjà riche en émotions, ce n’est vraiment qu’en arrivant à Namche Bazar que l’on ressent l’atmosphère du Khumbu, cette région si particulière du Népal. En face de la ville, tel un immense rempart de roche et de neige, la montagnedu Kongde Ri (6150m) fascinante de démesure. Pourtant le Kongde Ri n’est qu’une montagne modeste, insignifiante dans la chaîne de l’Himalaya. Nous avons changé d’échelle, et l’imaginaire remplit tout l’espace…

Cloches de Yak, Namche Bazaar

Namche Bazar n’est pas un village, mais une ville. Hôpital, écoles, pharmacies, banques, centre de formation militaire, une centaine de lodges, des boutiques, des pâtisseries, et des dizaines d’échoppes.

Construit au coeur d’un cirque à flanc de montagne, la ville s’étale sur des allées en terrasses et en escaliers. Nous arrivons tôt (10h30). Mon guide m’amène dans un lodge tout en haut, bien au-dessus du centre-ville et de sa vie si particulière. 

Evidemment, le coût de la vie est élevé à Namche, mais il est être en perspective avec la difficulté d’approvisionnement. Tout vient à dos d’homme et de yak. Un rapide calcul me fait dire que tout est approximativement 3 fois plus cher qu’à Katmandou. Le prix d’un gel douche est de 6€, un paquet de mouchoirs 4€, un livre d’occasion 11€.

Unique point d’entrée du Khumbu, et point de départ de tous les treks de la région, la ville fourmille de groupe d’aventuriers, de porteurs sherpa et de yaks. Partout dans les rues, les gens chinent, s’affairent, traînent , font leur marché et s’équipent une dernière fois avant de partir pour un voyage vers l’Everest…

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Namche Bazaar, capitale sherpa (3440m)

Camp de base Everest - Jour 3

Namche Bazar (3440m) > Khumjung (3870m) > Kunde > Namche Bazar

Aujourd’hui est une journée d’acclimatation à Namche Bazaar. Le principe est de faire un petit tour à une altitude plus élevée, puis de redescendre dormir à l’altitude initiale.

Pas d’excentricité, nous faisons le parcours classique qui emprunte le sentier jusqu’au magnifique hôtel de luxe Everest View, rien moins que le « plus haut hôtel du monde » (3980m tout de même), qui, il faut bien l’avouer possède une vue sur l’Everest juste ahurissante.

Un panorama à 270° toute la chaîne de l’Himalaya, dont le sublime Ama Dablam, l’Everest et quelques autres dont je n’ai pas retenu le nom (c’était plus facile avec Annapurnas I, II, III…). On s’arrête donc prendre un petit thé en plein soleil sur ce magnifique point de vue.

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On continue ensuite sur le village sherpa de Khumjung, qui s’est développé grâce à l’aide financière de l’ami Sir Edmund Hillary (le remier à conquérir l’Everest) et de sa fondation. Le village dénote avec les autres, malheureusement moins bien lotis : grande école, maisons récentes et en parfait état, allées propres, lodge presque luxueux.

Bizarrement, le vert prédomine, tant sur la couleur des toits en tôle (verts) que sur les fenêtres (peinte dans le même ton vert). Cela donne un aspect uniforme curieux. Mais pourquoi vert ? Si vous avez la réponse, laissez-nous un commentaire.

Dans l’après-midi je retrouve un espagnol avec qui j’avais mangé un morceau par hasard à Katmandou, et un anglais. Nous suivons tous les trois le même parcours, à la différence près que l’espagnol le prend en sens inverse. Nous nous croisons donc.

C’est toujours agréable, lorsque l’on est parti au bout du monde, de retrouver des compagnons de route dans le même état d’esprit.

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Camp de base Everest - Jour 4

De Namche Bazar (3440m) à Tengboche (3890m)

De quelques marches je m’éloigne de Namche Bazaar, à travers forêts de pins de rhododendrons. Le sentier est large de 3m, et pour cause, il fourmille de monde : groupes, porteurs et ribambelle de yaks. Il fait bon, presque chaud. Le chemin est plat, facile et agréable. A flanc de montagne, la vue sur la chaîne de l’Ama Dablam est absolument fantastique.

Nous traversons un petit cours d’eau, avant que ça ne devienne sérieux. Deux heures et 750m d’ascension seront nécessaire pour atteindre Tengboche. Il est midi.

Je pose mon sac, et m’arrête d’extase. L’immense monastère de Tengboche, perché sur un éperon rocheux, est entouré de montagnes enneigées, imposantes et majestueuses. La spiritualité imprègne ce lieu magique. Autour du monastère, une prairie, et quelques lodge.

J’assiste, en silence, à l’office de 15h, célébré par une trentaines de moines. Tengboche est le dernier monstère de la vallée.

16h, nous sommes dans les nuages. Le froid et l’humidité commencent à tomber. La douche, ce sera pour demain. Mon compagnon anglais descend à Debuche, car il n’y a pas assez d’hébergement pour tout le monde. Je partage le repas du soir avec un groupe d’une agence de trekking.

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Camp de base Everest - Jour 5

De Tengboche (3890m) à Dingboche (4440m)

A l’aube, un voile de givre baigne le campement dans une clarté paisible.. Les porteurs sherpa ne semblent pas souffrir du froid, alors qu’ils ne sont couverts que de polaires.

La température évolue très vite avec le soleil s’élevant au dessus des rhododendrons enneigés. A 8h on frissonne en doudoune, à 8h30 on transpire en t-shirt.

Nous traversons le petit village de Debuche, puis plus loin Pangboche et Somar. A 11h45 nous avons atteint Dingboche, après seulement quelques heures de marche sans aucune difficulté.

Dingboche est un village a première vue exclusivement constitué de lodge en toit de tôle. A première vue seulement. Sous le nombre, notre vue s’égare, mais en regardant dans le détail, il y a bien des maisons, de taille plus modeste. Des gens habitent ici.

Il me paraît illusoire et vain de retranscrire la beauté des paysages qui nous entourent par de simples clichés. C’est tellement magique, tellement superbe, tellement surréaliste que cela dépasse l’entendement. Je vous montre quand même.

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Je m’organise un petit tour dans le village dans l’espoir vain de croiser quelque part des anciens compagnons de route. Quelques minutes suffisent pour retrouver Ian, mon compagnon anglais de Namche, un couple de français de Tengboche, et quelques autres.

Les rues du villages sont animées par les chants et les danses, en célébration du deuxième jour du festival (hindou) de Tihar. Des enfants de l’école primaire s’arrêtent devant chaque maison et exécutent une danse chorégraphiée sur une musique folklorique. 

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Camp de base Everest - Jour 6

Acclimatation & sommet du Nagkarchang (5250m)

Cette nuit, la température est descendue à -4°C. A l’intérieur de la chambre, mal isolée, il doit faire environ 5°C. Le duvet est glacé, mes mains aussi. Le ciel, est, comme toujours au petit matin, d’un bleu azur. Je ne sais pas si c’est à cause de l’altitude (troposphère moins épaisse), mais le ciel est d’un bleu qui me semble plus profond que dans nos basses contrées.

La vue sur les montagnes qui nous encerclent est encore une fois complètement ahurissante. Impossible de rester impassible devant de telle murailles de neige. Les sommets les plus hauts atteignent seulement 7000m et des poussières. Pas de 8000 à l’horizon. Et toujours pas de glacier.

A cette altitude, 4450 mètres, la végétation a quasiment disparu. Il y a cependant encore des cultures dans le villages, patates, choux et quelques autres légumes.

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L’objectif de cette journée d’acclimatation consiste à rejoindre un petit sommet situé 800m au dessus de Dingboche, puis de redescendre. Evidemment, l’intérêt est également de profiter d’une vue ahurissante.

Je n’arrive pas à parfaitement décrire mes pensées. Le manque d’oxygène (hypoxie) m’empêche d’être totalement lucide sur ma façon d’écrire, et le vocabulaire me fait parfois défaut.

En fait, je n’arrive pas à savoir ce qui m’attend. Les 7 prochains jours se dérouleront au delà de l’altitude du sommet du Mont Blanc, avec des effets sur l’organisme imprévus et des températures inconnues. Je pense ressentir un mélange d’anxiété et d’impatience.

Anxiété car si le challenge n’est pas tant physique que physiologique, je suis incapable de connaître ma résistance aux effets conjoints de la haute altitude et du froid insidieux. Impatience, car les paysages que nous traversons m’émerveillent de jours en jours et l’Everest n’est toujours pas en vue, autrement dit ce n’est que le début. J’attend de voir le clou du spectacle…

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Dernière tentative de prise de douche chaude (au « bucket ») avant une bonne semaine d’abstinence, et bien que je sente encore incroyablement bon. Erreur, car à cette altitude, il m’est impossible de me réchauffer avant d’avaler un dhal bat réconfortant.

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Camp de base Everest - Jour 7

de Dingboche (4440m) à Lobuche (4910m)

Au matin, la salle à manger du lodge à des airs de station de sports d’hiver : des corps emmitouflés dans des doudounes flashy ou bariolées, chaussures de trekking au pieds et bâtons aux mains. Il ne manque plus que l’odeur de la crème solaire…

Partis sous un ciel couvert, nous quittons définitivement la vallée pour suivre un sentier à flanc de montagne, jusqu’à rejoindre Dughla. En réalité juste un lodge / restaurant.

Autour, ce n’est plus qu’un univers minéral de roche et glace.

Nous sommes en effet en contrebas du glacier du Khumbu, qui remonte jusqu’au massif de l’Everest. La petite ascension du Tokhla pass (4860m) consiste à traverser la moraine frontale du glacier, qui nous sépare encore du monde des humains avec celui des titans de neige.

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Au passage du col, ont été érigé des cairns en mémoire des courageux ayant perdu la vie au cours de l’ascension de l’Everest. La tragédie de l’expédition du mois d’avril 2014 a ajouté 16 nouveau cairns…

La vallée remonte ensuite jusqu’à  Lobuche (4910m). Pas même un village, juste une étape sur la route de l’Everest.

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Nous arrivons à Lobuche sous les nuages. Conséquence directe de cette absence de soleil, le froid a pénétré jusque dans les chambres, séparées de l’air glacé de l’extérieur par une simple planchette de bois. Les quatre prochaines nuits seront au-dessus du sommet du Mont Blanc. Le fait d’y penser est à la fois excitant et effrayant…

Un ruisseau coule à proximité. J’y tente d’y laver une paire de chaussettes. L’eau est glacée, pas plus de 1 ou 2°C. La neige a fait son apparition et recouvre maintenant le toit des maisons et s’entasse dans les zones d’ombres.

Les sommets fantomatiques des montagnes gigantesques se révèlent furtivement avant de se cacher derrière une épaisse couche de nuages. Nous sommes maintenant aux pieds de ces géants, qui paraissent encore plus impressionnants.

Vers 15h, le soleil décline, et le froid commence à s’installer. Une heure plus tard, quelqu’un prend l’initiative d’allumer le poêle. Sauf que ce n’est pas la meilleure idée du monde d’allumer un poêle au kérosène… 18h, la nuit tombe. Dehors, il fait -15°C. Dedans c’est mieux, à la condition de porter toutes les couches de vêtements : thermique, polaire, doudoune, bonnet, gants.

Au petit matin, la vitre est gelée. A l’intérieur…

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Camp de base Everest - Jour 8

de Lobuche (4910m) à Gorak Shep (5190m) et Camp de base de l'Everest (5364m)

Nous quittons Lobuche pour progresser dans les moraines glaciaires, et atteindre, après une courte ascension, le glacier du Khumbu, recouvert d’un amas de pierres et de poussière grisâtre. A peu de choses près, nous sommes à 5100m.

C’est haut, et pourtant nous sommes toujours en bas. Au dessus de nous, des montagnes immenses, démesurées, hors d’atteinte. 

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Il ne faut pas longtemps pour atteindre Gorak Shep, dramatiquement perdu en bordure de glacier. On pose les sacs, et on continue jus’au camp de base de l’Everest, quelques kilomètres et quelques moraines à franchir plus loin. Le sentier est un chaos de roche et de glace, désespérément inégal et escarpé. Il faut vaincre les moraines successives.

Enfin, nous atteignons un rassemblement de drapeaux de prières. Et un écriteau « Everest Base Camp ». Et c’est tout. Il n’y a pas de camp de base, car l’incident d’avril a conduit à l’annulation de toutes les expéditions de cette année. Qui plus est, nous sommes en novembre, et bientôt le froid sera insoutenable à cette altitude.

Le glacier est passé d’un gris sale à un bleu pâle très pur. Semblant d’être immobile, le fracas des blocs de glace en mouvement témoignent de son activité Les 7861m du Nuptse, semblent absolument infranchissables. Une falaise de glace et de roche de 2500m, verticale et sublime.

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Gorak Shep, 5160m, tient le record du village le plus haut du monde. Pas tellement séduisant au demeurant, car cela signifie confort primaire, eau dégelée, promiscuité et froid intense. Je déconseille d’ailleurs fortement de boire cette eau à l’aspect trouble et qui fourmille de petites bêtes, sorte de minuscules larves d’un quelconque insecte…

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Camp de base Everest - Jour 9

de Gorak Shep (5160m) à Dzonghla (4830m) et Kala Pattar (5643m)

5h, réveil. Dommage, je m’étais rendormi. Il y a du boucan depuis 3h30, car certains partent tôt. C’est sans intérêt car sur le toit du Kala Pattar, il fera nuit encore…

5h30 on décolle, à jeun. Il fait -15°C.

Comparé à ses voisins, le Kala Pattar est un petit sommet, situé juste au dessus de Gorak Shep, mais qui doit sa notoriété parce qu’il propose les plus belles vues sur le Mont Everest du côté népalais.

L’ascension dure à peine deux heures, mais il fait un froid dément. Je ne sens plus mes doigts malgré deux épaisseurs de gants (pas de bonne qualité je dois admettre). Evidemment, à cette altitude il y a tellement peu d’oxygène, que l’on a l’impression de ne plus avoir de poumons. C’est raide, ça pèle, je m’étouffe, bref je souffre.

Après 2h épuisantes, j’arrive au sommet. Pas tout seul évidemment. Il y a bien là 50 personnes, c’est bien plus que ce petit sommet est capable d’héberger. On se marche dessus. Le soleil se lève au dessus de l’Everest, et éclaire le point culminant du Kala Pattar pile quand j’attend le sommet. La température remonte d’un seul coup.

L’aube se lève sur l’Everest. A contre-jour. Sublime

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Il faut à peine une heure de cavalcade dans la neige pour rejoindre Gorak Shep, où nous prenons enfin le premier repas de la journée.

Il faut maintenant redescendre sur Lobuche puis bifurquer vers Dzonglha, en suivant un petit sentier. Le paysage glaciaire a disparu. A la place, une roche sombre apporte à la scène un aspect dramatique. On a l’impression d’entrer dans le Mordor…

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Dzonghla est situé sur un petit replat, entouré de ces sommets oppressants. Le ciel tombe, les nuages et la neige envahissent le décor.

Un froid humide nous glace les os. Il est à peine 15h…

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Camp de base Everest - Jour 10

de Dzonghla (4830m) à Gokyo (4790m) et Cho La (5416m)

Au petit matin, il fait tellement froid dans la chambre que je n’ai même pas l’impression que l’air est plus chaud au qu’à l’extérieur. Mais une nouvelle fois, j’ai dormi comme un bébé.

5h30, petit déjeuner cette fois, pas question de partir à jeun avant l’ascension.

Le ciel est couvert, je ne suis pas tellement confiant. On décolle quand même.

L’objectif du jour est d’arriver au village de Gokyo par le col de Cho La, très enneigé.

Le sentier traverse une large plaine rocailleuse gelée, puis l’ascension démarre. Je progresse lentement, dans un chaos de blocs et de glace. Nous atteignons la partie sommitale du glacier, puis nous progressons par un chemin tracé dans la neige. Il nous faut enfin le traverser avant d’atteindre le col de Cho La. Le ciel, d’un bleu azur, est entièrement dégagé.

Cho La, 5320m. Aucun signe distinctif, si ce n’est une masse infinie de drapeaux de prières, et du monde. Il est 9h.

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La descente, comme le dit la carte, est raide, à l’ombre et complètement verglacée, donc particulièrement dangereuse. Les porteurs progressent dans l’autre sens avec 50kg sur le dos, j’avoue que je suis impressionné.

On rejoint ensuite Dragnag (4750m) à travers un sentier gadouilleux.

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Devant nous se dresse l’immense glacier du Cho Oyu, qu’il faudra remonter jusqu’au village de Gokyo. Le ciel est nuageux, on se croirait au bout du monde, progressant à travers des étendues sauvages et glacées.

La traversée du glacier est un moment épique. Une fine pellicule de pierres et de poussière grisâtre nous sépare de la gigantesque masse de glace du glacier. Sous nos pieds, la glace craque à intervalle irrégulier dans un bruit assourdissant.

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Glacier de Ngozumba, vue Sud

A l’aplomb du glacier, et après un ultime effort, le village de Gokyo se découvre au bord d’un lac féérique, d’un bleu turquoise transparent et lumineux. Le village semble « habité », presque civilisé par comparaison des 5 derniers jours. Il fait presque chaud, bien que nous soyons encore à l’altitude du sommet du Mont Blanc.

Le lodge dégage une ambiance calme, presque cosy. Pas de groupes, juste quelques voyageurs solitaires ou en couples. Nous sommes sortis de l' »autoroute » de l’Everest, et ça se ressent.

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Lac de Gokyo I (4750m)

Camp de base Everest - Jour 11

de Gokyo (4790m) à Dole (3810m)

Gokyo est un de ces lieux magique du Népal, à la fois mystique et commun. La brume matinale, les bruits d’oiseaux et le léger cliquetis des vagues donne au village des airs de petit port de pêche, toutefois sans pêcheur ni bateau.

La beauté du lac, d’un bleu hypnotique, est à couper le souffle. Les montagnes enneigées se reflètent dans la clarté dorée du matin. Des centaines de petits cairns sont alignés sur le rivage, soulignant le caractère déjà sacré du lac.

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Enfin, après 10 jours d’ascension, le sentier commence à descendre. Mieux : je dormirai ce soir plus bas que la nuit précédente. Bientôt une vraie douche ! De vraies toilettes  !

Nous tournons définitivement dos à Gokyo et au Cho Oyu, immense et hors de portée, pour nous diriger droit vers Tengboche, le Thamserku et le fond de la vallée. Le sentier est une corniche étroite, mais bien entretenue.

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Les villages que nous croisons maintenant sont de vrais petits villages sherpa, en petites maisons en pierres et d’enclos vaguement circulaires. Nichés au pied de la vallée dramatiquement abruptes, quelques pâturages viennent apporter un peu de crédibilité à la vie pittoresque et ascétique de ces habitants.

Le chemin, maintenant étroit comme une chaussure, évolue de vallée en vallée, à flanc de colline. Sur l’autre versant, le sentier que visiblement personne n’emprunte, semble bien plus escarpé. Il ne reste de neige qu’une fine pellicule, résultat des récentes chutes dans la vallée.

Nous arrivons enfin à Dole, situé à une altitude tout à fait respectable, à peine plus de 3800m. Le soleil offre à nouveau un semblant de chaleur, toutefois rapidement estompée par un vent glacial qui souffle en continu. Le panorama sur la vallée est, une nouvelle fois, un enchantement.

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Au soir, il n’y a plus que moi et des népalais. Mon guide m’invite à prendre part à une partie d’un jeu de cartes local aux règles obscures (lecteur, si tu connais ce jeu, laisse donc un commentaire je t’en prie). Après quelques jours de pratique, je commence à peine à m’en sortir et à gagner un peu. Si l’enjeu est pour moi un peu simplifié, en vrai, ça joue des roupies…

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Camp de base Everest - Jour 12

de Dole (3810m) à Namche Bazaar (3440m)

Ce matin, l’ambiance est décontractée. Petit déjeuner. Il est 7h. Oui, ce matin c’est grasse matinée. En même temps, quand on est au lit à 20h, faut pas exagérer.

Le givre recouvre les fenêtres. Il fait encore frais.

Depuis Phortse, le sentier grimpe brusquement jusqu’à Monghle sur environ 300 mètres de dénivelé à travers une forêt de pins et de rhododendrons, aux teintes mordorées. Une petite chaleur diffuse rappelle que nous sommes enfin en dessous des 3500m.

Je me retourne une dernière fois pour admirer ce panomara surréaliste, le Thamserku et l’Ama Dablam en toile de fond. Le monastère de Tengboche, siège sur un éperon rocheux, figure délicate et emblématique du parcours de l’Everest.

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Nous sommes vendredi. Paraît-il, car je n’ai aucune notion des jours depuis mon départ. Et vendredi est jour de marché à Namche, artère du Khumbu. Un marché local extraordinaire et très riche, car l’intégralité des éléments est amené à dos de mules et d’hommes. Fromage de yaks vendus dans des sacs de jute, piments, légumes de toute sorte, cigarettes, oranges, vêtements et même des bananes.

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Camp de base Everest - Jour 13

Namche Bazaar (3440m) à Lukla (2810)

Retour à Lukla. Dernier jour de marche en vallée du Khumbu, cette fois-ci dos aux sommets. De nouveaux on croise les mêmes villages caractéristiques de la vallée, des lodges flambant neufs, les cultures de légumes, les porteurs trop lourdement chargés, les yaks, les randonneurs et leurs habits tout neufs…

Dans quelques heures, je serai à Lukla, fin du trek. Un mélange de soulagement et de frustration.

Soulagement d’être arrivé au bout, sans casse ni raté.

Frustration d’être arrivé au bout mais ne pas avoir tout vu, ne pas avoir été plus loin dans le dépassement de soi.

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Je suis trop exigeant. Les moments passés la-haut étaient extraordinaires, uniques, inoubliables. Revenir est possible, mais ce sera une nouvelle aventure, que j’espère faire découvrir. Et c’est là l’essentiel : s’émerveiller sur la découverte d’un nouvel espace, une nouvelle culture, un nouveau mode de vie. Ou relever un défi physique, comme l’ascension d’un 6000…

Le ciel est nuageux, les vols sont retardés. Ou annulés à cause du vent.

Tant mieux. C’est l’occasion de profiter encore une dernière fois de ces montagnes sublimes. On est bien ici. Tellement mieux que dans le tourbillon infernal de la chaleur et de la pollution de la ville…

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Préparer le trek du camp de base de l'Everest

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On vous souhaite un excellent voyage,

Affectueusement,

Angélique et Raphaël