L’aurore s’annonce par une légère brise. Perchés sur les restes de l’ancien ponton, les pélicans s’élancent avec maladresse. Sur le rivage, pêcheurs et acheteurs négocient déjà leurs plus belles langoustes. Dans un instant le soleil ravivera le bleu éclatant du lagon. Les cafés du bord de plage s’animent au son du reggae, alors que s’éveille les prémices d’une chaleur tropicale. Les amis, bienvenue au Belize.


Jour 1. Pieds nus à Caye Caulker.

Nous avons posé notre sac à dos chez Sophie, sur la pointe nord de l’île, une petite guest house les pieds dans l’eau, côté soleil couchant. Au programme de ce matin, aller plonger avec les requins. Si l’île n’est pas réputée pour ses plages, la barrière de corail qui s’étend depuis le Yucatan abrite un écosystème unique au monde. Tortues, raies, et bien sûr quelques espèces de requins, pullulent dans ces eaux chaudes et peu profondes aux reflets azurs.

Go slow. Comme un slogan, une incitation à ralentir. Le temps à Caye Caulker semble s’être arrété. Il n’est pas littéralement figé dans le temps, comme à Cuba, mais plutôt suspendu. Aucun élément du décor ne nous rappelle dans quelle période on se trouve. Quelques touristes déambulent entre les cabanons en bois aux couleurs vives, alpagués de de ci-de là par quelques raggaeman autour d’un barbecue sommaire ou d’une noix de coco fraîche. Au cœur du petit village, la boulangerie alimente les insulaires en petits pains de maïs briochés.

Juste derrière, un terrain de football… dédié au cricket. L’héritage anglais du Belize, indépendant depuis seulement 1981 et toujours membre du Commonwealth, reste très important, de la langue officielle à l’effigie de la Reine d’Angleterre sur les monnaies.

Il n’y a pas de voiture à Caye Caulker, seulement quelques voiturettes de golf. De fait, la découverte de l’île se fait facilement à vélo, les petits sentiers sous les palmiers reliant les plages entre elles. Sauvage et isolée, la partie méridionale contraste avec l’activité et le développement du village concentré au nord de l’île. Quelques terrains sont à vendre, pour celui qui n’a pas peur des ouragans. Car aujourd’hui si l’île est coupée en deux, c’est à cause de l’ouragan Hattie, qui dévasta le Belize en 1961 et submergea l’île en intégralité. Sans doute une des raisons de la légèreté de ses habitants, et de l’atmosphère désinvolte et tranquille de l’archipel.

 

Caye Caulker, Belize
Caye Caulker, Belize
Caye Caulker, Belize
Caye Caulker, Belize
Caye Caulker, Belize
Caye Caulker, Belize

Jour 4. Chez Robert & Becky

Nous arrivons à Crooked Tree, paradis du birdwatching. Classée en réserve depuis 20 ans, le site est devenu un repaire de passionnés, investi par une myriade d’oiseaux colorés, du minuscule colibri à l’immense Jabiru, large de plus de 2m. Le soleil à peine levé, c’est une mélodie consonante de chants qui s’élève de l’aurore.

Robert, chez qui nous passons la nuit, est un créole. Une partie de ses ancêtres s’est installé à Crooked Tree, une communauté de quelques maisons nichée au cœur de la jungle, pour y exploiter l’indigotier, l’arbre dont on tire un pigment, l’indigo. L’autre partie y a été amené de force. C’était en 1800.  Aujourd’hui, tout le village est créole, et il subsiste de ces deux cultures un héritage culinaire traditionnel et la ferveur religieuse des églises protestantes. Les anciens esclaves sont devenus propriétaires terriens, et ont récupéré le droit d’exploiter ces terres. Robert nous a donc reçu chez lui, dans sa maison de style colonial, avec une hospitalité qui a surpassé tout celle que l’on a connu lors de nos voyages.

Cooked Tree, Belize. Coucher de soleil
Cooked Tree, Belize. Coucher de soleil

Jour 6. Ruines mayas

Le Belize compte plus de 2000 sites mayas, mais seuls une quinzaine ont été dégagés et restaurés. C’est difficile de s’en rendre compte aujourd’hui, mais la civilisation maya a été une des plus puissante de l’Histoire; Vielle de plus de 4000 ans, elle a comptée à son apogée vers l’an 600, environ 20 millions de personnes, soit presque autant que l’Europe à la même époque, répartie sur un territoire couvrant le sud du Mexique, le Guatemala, le Belize et l’Honduras. Rassemblés en cités-états, ils se livraient des guerres impitoyables qui ont finalement conduit à sa chute.

Leur connaissance en astronomie étaient tellement avancée que certains scientifiques ont même émis l’hypothèse que ce savoir était d’origine extra-terrestre. Les mayas ont développés plus d’une vingtaine de langues et ont construit des cités titanesques, dont les plus connues sont Tikal au Guatemala, Chichen Itza et Palenque au Mexique, Copan en Honduras et Caracol au Belize. Aujourd’hui, le peuple maya perpétue encore les arts et les connaissances de cet héritage ancestral.

Lamanai n’est peut-être pas le plus impressionnant des sites mayas du Belize, mais c’est certainement le plus sauvage. Lama’anayin, en maya, signifie « crocodile submergé ». De fait, la rivière, seul moyen praticable pour rejoindre l’ancienne cité, est infestée de crocodiles. Occupée pendant plus de 3000 ans, elle fut active jusqu’à l’arrivée des espagnols, vers 1570, et a comptée plus de 50.000 âmes. Plus de 800 temples y ont été construits, souvent les uns par dessus les autres.

Lamanai, Belize
Temple aux jaguars, Lamanai, Belize

Jour 8. Dans la jungle

De Crooked Tree, nous rejoignons la jungle par la Hummingbird Highway, la plus belle route du Belize, pour l’expérience d’une nuit dans la luxuriance.

La vie du Belize et de ses habitants est intimement lié à la jungle. Pour garantir la préservation de cet écosystème, le Belize a pris le parti de sanctuariser des territoires entiers plutôt que multiplier des réserves aux accès limités. Des zones totalement inaccessibles. Car le Belize tient à son emblème, le jaguar, dont la survie est menacée par le morcellement de ses zones de chasse. Et pour sensibiliser les générations future, le zoo mise sur l’éducation. Les animaux blessés, orphelins ou issus du braconnage, sont récupérés et soignés. Des mascottes, dont l’histoire toujours triste rappelle combien la destruction des habitats engendre des cruautés.

La jungle du Belize recèle des merveilles de faune et de flore, des oiseaux multicolores aux singes hurleurs, mais aussi des curiosité géologiques, connues déjà du temps des mayas : des cénotes. La région est constituée de plateaux calcaires, qui, par un phénomène de dissolution creuse la roche en réseau de grotte souterraines (karst). L’effondrement des terrains situé au-dessus créée une large cavité circulaire abrupte et remplis d’eau, souvent d’un bleu éclatant. Ces formations étaient sacrées pour les mayas, qui les utilisaient pour communiquer avec l’infra-monde.

Jaguar, Belize

Jour 10. Garifunas

Hopkins. Ce soir, une troupe de musiciens jouent à la terrasse d’un restaurant. Des percussionnistes garifunas dans un restaurant de cuisine garifuna. L’occasion de connaître un peu mieux cette culture, reconnue Patrimoine immatériel du Belize.

L’histoire des Garifunas est mouvementée et difficile. Esclaves africains déportes sur les petites îles des Caraïbes, puis parqués au Belize, la culture garifuna est un mélange de leur héritage africain et caraïbe. Peuple au caractère fier et rebelle, ils furent interdits de circuler librement au Belize pendant plus de 150 ans. Installé dans la région de Dangriga, ils ont conservé et transmis générations après générations leur culture et leurs traditions. Aujourd’hui, si cette richesse est reconnue, elle est aussi en danger, et les Garifunas sont toujours victimes de discrimination en Amérique Centrale.

 

 

Hopkins
Hopkins, Belize

De l’exploration des sites mayas enfouis dans une jungle luxuriante aux promenades fainéantes sur les plages idylliques et désertes des lagons récifaux, les émotions se succèdent et les découvertes nous enchantent. Mais au delà de ses paysages, le Belize possède une richesse multiculturelle incroyable. L’accueil chaleureux des habitants, leur volonté de transmettre leur histoire, leur passion ou un pan de leur culture, force le respect. Un pays authentique au charme inoubliable.

Quelques adresses et astuces :

  • Emportez des dollars US avec vous. les distributeurs ne sont pas toujours alimentés, et certaines banques (Belize Bank par exemple), vous font payer des commission importantes. Le dollar belizien étant indexé directement sur le dollar américain (1 B$ = 0,5 US$), ils sont acceptés partout, même dans les petites échoppes.
  • Lorsque l’on arrive à l’aéroport, ne cherchez pas le bus, il n’y en a pas. Le prix d’un taxi est normalement de 25 US$ pour Belize City, et si vous partez directement sur les îles, ce que je vous conseille,  il vous amènera aux bateaux-taxis… les plus chers ! Sortez du taxi, déclinez l’offre gentiment malgré l’insistance, et rebrousser chemin. Sur la route, une centaine de mètres avant, il y a une autre compagnie, Ocean Ferry, où vous paierez le vrai prix, soit 30 B$ pour un AR pour Caye Caulker. C’est de cette gare maritime que partent également les bus pour toutes les destinations du Belize (et Tikal).
  • Peu de gens descendent à Hopkins, et préfèrent Placencia, aux plages plus photogéniques, mais aussi beaucoup plus touristiques. C’est vraiment mignon, penser à y faire au moins un détour pour vous imprégner de la culture garifuna.
  • Autant que possible, allez dormir chez l’habitant. Ils sont hyper gentils, et la cuisine locale est empreinte d’histoire.
  • Attention au budget, le  Belize est un pays assez cher. Indexé sur les tarifs américains, les prix ont tendance à enflé largement sur les zones touristiques (Combien ? 5US$ ma brochette !), mais il y a toujours moyen de dégoter des bons plans pas cher et très sympas. A Caye Caulker, tentez le Wish Willy. Pas de menu, prix unique selon l’arrivage, et de bons petits cocktail.
  • Prenez la Belikin, la bière locale, dans sa version Premium. C’est 0,50 B$ de plus, mais elle est meilleure.
  • A Cooked Tree, le Beck’s Bed & Breakfast. C’était juste incroyable.
  • Si avez la possibilité d’éviter de passer une nuit à Belize City en optimisant horaires d’avions et bus / ferry, faites-le.

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