Aaah, le bivouac… La tente, posée sur un petit replat, s’ouvre sur un crépuscule rougeoyant. Les sommets enneigés prennent une teinte mordorée, les ombres s’allongent. La nuit invite au silence.

La montagne enfin nous appartient…

Le bivouac en montagne est une expérience fantastique. Mais dans de mauvaises conditions ou mal équipé, cela peut devenir un cauchemar. A la merci des éléments, on est finalement peu de choses. Mais pour bivouaquer en toute sécurité, et dans n’importe quelle conditions, il suffit de suivre quelques conseils pratiques.


La tente


Il y a 4 paramètres à prendre en compte pour bien choisir sa tente :

  1. Le niveau de protection face aux éléments extérieurs.
  2. Le poids
  3. La capacité, en volume (largeur et hauteur surtout)
  1. Le niveau de protection se décline en 2 caractéristiques principales : hauteur du tapis de sol et simple / double toit. Le tapis de sol de la tente est un tissu parfaitement imperméable et isole du froid et du ruissellement. Le double toit apporte une bonne isolation, à partir du moment ou il n’est pas en contact avec la toile intérieure. Si la tente est à double toit, il faut qu’elle soit autoportante, sinon c’est la galère assurée à l’installation et au rangement ;
  2. Dans la plupart des treks, on porte soi-même sa tente. Le poids est donc une caractéristique fondamentale. Un tente trop légère ne supportera pas des conditions extrêmes. Il faut donc faire un compromis, comme c’est souvent le cas, entre un niveau de confort et un critère de poids. La plupart des tentes de montagne sont comprises entre 1,5kg et 2kg  pour des tentes 2 (petites) personnes ;
  3. La capacité d’une tente se mesure sur le volume intérieur de la tente, mais également sur l’abside, située à l’extérieure de la tente, sous le double toit. Ainsi, il peut être intéressant de réduire le volume interne si une partie du matériel, voire un sac entier, peut être glissé dans l’abside. On peut gagner presque 500g entre un modèle 1 place, et un modèle 2 places, où l’on glisserait tout à l’intérieur.
Bivouac Taurus Vaude

Tente TAURUS UL 2P, de Vaude, au Ladakh

Bien choisir sa tente sera donc une affaire de compromis entre capacité, poids et protection. Par expérience, je conseille vivement de mettre un peu plus cher pour une tente résistante, légère et autoportante. Après quelques jours de bivouac, fatigué par 10h de marche, je peux vous jurer qu’on est content de pouvoir monter sa tente en moins 30 secondes. Enfin, un bon matériel se garde longtemps, les matériaux d’aujourd’hui sont hyper technique, alors autant faire un bon investissement dès le début. Evidemment c’est un peu plus cher qu’une tente 2″ Décathlon. Il faut compter entre 300 € et 500 €.

Il ne reste plus qu’à choisir la forme de la tente :

  • Le tarp. Ultra-léger (moins de 500g), le tarp n’est ni plus ni moins qu’un grand tissu imperméable maintenu par quelques sardines et les bâtons de marche en guise de piquets. Le tarp est une philosophie qui a ses adeptes, les « Marcheurs Ultra-Légers, ou MUL. Perso, je ne pratique pas, donc je ne peux pas me prononcer. C’est un état d’esprit.
bivouac Tarp arklight

Tarp X-Tarp, de Arklight

  • La tentes dôme, ou géodésique. Pour être plus précis, les tentes dômes sont dites « 3 saisons » (printemps, été, automne), et les tentes géodésiques « 4 saisons ».
    • Les tentes « 3 saisons » seront suffisantes dans la grande majorité des cas, du bivouac tropical au hautes altitudes. Pour réduire la condensation, la partie supérieure de la toile intérieure de tente peut être remplacée par un filet. L’air y circule donc plus facilement, mais le froid également. C’est le cas de la MSR Hubba Hubba NX, préconisée pour des randonnées estivales.
    • Les tentes « 4 saisons », plus robustes mais aussi plus lourdes, possèdent plus d’arceaux pour résister au vent. Elles sont presque exclusivement réservées aux expéditions.
HUBBA HUBBA NX

Modèles HUBBA HUBBA NX (3 saisons, dome) de MSR vs Mountain 25 de The North Face (4 saisons, géodésique)

  • Les tentes dites « tunnel ». Moins hautes et plus profondes qu’une tente dôme, elles ont l’avantage de limite la prise au vent par une accroche large et profilée et de proposer une abside suffisamment profonde pour permettre d’y poser des affaires ou du matériel qui ne craint pas trop. En contrepartie, il est souvent difficile de s’asseoir dedans. Certaines tentes tunnel sont également autoportantes, tels les modèles Taurus et Arco, chez Vaude.
Arco Vaude

Tente tunnel ARCO de Vaude (modèle 2 places)


Le matelas


On pense souvent que le matelas se réduit à une simple fonction de confort. A tord, car en évitant un contact direct avec le sol, le matelas apporte une isolation thermique indispensable à une bonne nuit de sommeil.

Il existe 3 types de matelas de sol, apportant chacun un degré de confort relatif :

  • Les Matelas en mousse, que les anciens appelait un Karrimat. Pliant ou à rouler, le matelas en mousse offre un confort sommaire, tolérable sur un sol meuble ou végétal. Parfait pour les trek de courte durée, les matelas en mousse sont très bon marché et très légers. Bien qu’encombrants, la mousse imperméable permet de les ranger à l’extérieur du sac.
karrimat therm-a-rest z-lite

Matelas Therm-a-rest -Lite (pliable) vs Karrimat (à rouler)

  • Les Matelas auto-gonflants. Démocratisé par Therm-a-rest il y a plus de 30 ans, les matelas auto-gonflants représentent le meilleur compromis confort-poids. L’épaisseur de ces matelas varie de 2 à 5 cm, et il existe plusieurs types de forme (rectangulaire, sarcophage ou 3/4), adapté à tous les types de randonnées. Très résistant et relativement léger (moins d’1kg), ils restent toutefois assez onéreux. Comptez entre 60 et 100 €. Ils ne sont pas étanches. S’il est envisagé de les ranger à l’extérieur du sac, penser à les glisser dans un sac imperméable de 15 litres.
therm-a-rest prolite

Les différents modèles de la gamme de matelas autogonflants Therm-a-Rest Prolite

  • Les matelas gonflables. Réservé il y a longtemps aux randonneurs véhiculés car très lourd, la technologie actuelle permet d’obtenir des matelas gonflables avec une membrane très fine. Ces matelas sont devenus très légers, très confortables, très isolants et peu encombrants mais en contrepartie très fragiles et évidemment assez chers. Comptez entre 100 et 130€. Le poids de certains matelas peut descendre en dessous de 500g

Choisir son matelas sera donc, encore une fois, une affaire de compromis. Pour un premier trek, il est inutile de partir sur un matériel onéreux qui ne resservira sans doute jamais. Sur un trek exigeant et de plusieurs semaines, type GR20, cherchez à investir sur un modèle résistant et plutôt léger, type matelas gonflable ou auto-gonflant.

Comme on ne s’imagine pas qu’un matelas de 2cm s’épaisseur peut être (relativement) confortable, un conseil : allez toucher avant d’acheter.

Dernier conseil, le degré d’isolation est donné par le paramètre R-value. Compris enter 1 et 9,5, plus la valeur R est élevée, plus le matelas sera isolant, et donc plus onéreux. Une valeur élevée ne sera toutefois utile que dans des conditions de treks en expédition ou hivernaux.

Exemple de compacité par rapport à une gourde Neogene De gauche droite : Therm-a-rest NeoAir (gonflant), Therm-a-rest Prolite (autogonflant), matelas en mousse


Le sac de couchage


Le sac de couchage, c’est la couette du bivouac. On l’aime comme un doudou, on à hâte de le retrouver le soir, du mal à le quitte le matin. Il n’y a rien de pire qu’une nuit ou l’on grelote après une journée éprouvante. Ca ruine le moral, et on ne récupère pas l’énergie dépensée de la veille.

Mais encore faut-il que le sac de couchage soit adapté. Et pour qu’il soit bien, en théorie, il suffit qu’il soit à la bonne température. Et c’est là que les constructeurs sont malins.

Sur chaque sac de couchage du commerce, il y a 3 températures indiquées : confort, limite et extrême.

  • La température de confort correspond à la température extérieure à laquelle le sac de couchage est fait. C’est ce qu’on recherche, le confort, dans une nuit en bivouac.
  • La température limite, plus basse, correspond à la température à laquelle vous allez ressentir une sensation de froid. Autrement dit, trop bas. Car froid = mauvaise nuit.
  • La température extrême correspond à la température à partir de laquelle la survie est compromise. A oublier.

Avec l’expérience, on voit bien que la seule température qui compte réellement est bien la température de confort. Les autres indications sont plus pour de la survie. On peut néanmoins gagner en confort en glissant un drap tehermique dans le sac de couchage, (voir plus bas), ou éventuellement en portant un haut thermique.

A titre indicatif voici les températures minimales que j’ai personnellement enregistré en montagne, sur les différents treks qui nécessitaient un sac de couchage, en bivouac ou en lodge :

  • GR20 : 0°C (juin) – Attention certains refuges sont très haut en altitude et l’humidité peut être importante (cf les refuges du GR20 – Terre de Treks)
  • Nepal / Annapurnas : 2°C (octobre) – La température peut descendre un peu plus encore au High Camp du Thorung La, à 4900m d’altitude, si vous y passez la nuit)
  • Nepal / Everest : -8°C (novembre) – Clairement là où j’ai eu le plus froid. Avec 5 nuits passées à plus de 4900m d’altitude, il ne faut pas se tromper de duvet…)
  • Ladakh / Rupshu / Changtang : -5°C (octobre) – Nuits en bivouac à 5300m d’altitude. Voilà
  • Pérou / Cordillière Blanche : 7°C (octobre) – Bivouac
  • Pérou / Salkantay : 5°C (octobre) – Bivouac
  • Bolivie / Salar d’Uyuni : 0°C (novembre) – Lodge
  • Chili / Torres Del Paine : 5°C (janvier) – Bivouac. Attention janvier = été

Pour la plupart des treks d’altitude, on va donc rechercher une gamme de température de confort autour de 0°C.  on a le choix entre sac de couchage en synthétique, ou en duvet. Chacun possède ses avantages et inconvénients.

Le duvet :

+ + + Performance. Sans faire l’apologie du duvet, il faut être honnête : il tient chaud, il est moelleux et il est tout doux. Un rapport poids / performance ou volume performance bien meilleur qu’un duvet en synthétique.

  + + Encombrement. C’est l’avantage du duvet : sa compressibilité. Le rapport taille / performance est très supérieur à un duvet synthétique. 1,1kg pour un sac de couchage d’une température de confort de -12°C, qui dit mieux (cas du  Bloody Mary., de Valandré).

  – –   Prix. Evidemment, un sac de couchage performant, c’est cher. Comptez a minima 250€ pour un sac 0°C. Comme pour les doudounes (cf Bien s’habiller en trek – Terre de treks), la qualité d’un bon duvet se compte en cuin. 800 ou + cuin constituera un excellent duvet.

– – –  Entretien. Faisable en été et avec un peu de technique, mais l’entretien d’un sac de couchage en duvet reste compliqué : balle de tennis dans la machine, pas de détergent, séchage à l’air libre. Sinon, comptez 75€ pour un nettoyage impeccable chez un spécialiste

– – –   Résistance à l’humidité. Le point noir du duvet : s’il prend l’eau, c’est mort. Ce doit être une attention de tout les jours (en même temps, vous êtes bien équipé non ?). SI le duvet prend l’eau, les plumes vont s’agglomérer et former de grosses boulettes. En séchant, les boulettes de plumes resteront collées, mais en plus, elles vont prendre une désagréable odeur de moisi. Pas de panique, si ça arrive, renvoyer le sac à un spécialiste, qui en prendra soin. Et le duvet reviendra comme neuf.

Bloody mary valandre

Sac de couchage Bloody Mary de Valandré, sans doute le meilleur sac de couchage du monde pour cette gamme de température (-12°C en confort)

Le Synthétique :

+ + + Entretien. Point fort du synthétique, ce type de sac de couchage se lave facilement en machine. Il sèche vite et ne craint pas (trop) l’humidité (attention toujours à la condensation).

  +   Prix. Le synthétique est bon marché. On trouve des sac duvet +10°C pour moins de 50°C. Quand on cherche des performances en dessous  des -10°C, ça devient plus compliqué. Le prix reste toujours attractif par rapport au duvet.

   –   Encombrement. Clairement, un sac en synthétique est gros. Certes, nous ne sommes plus dans les années 80, ou le sac de couchage était gros comme une couette, mais étant donné son faible taux de compressibilité, il conserve, encore aujourd’hui, un volume important, surtout si vous rechercher un sac de couchage performant. L’avantage est qu’il peut se stocker en dehors du sac, étant donné qu’il ne craint pas trop l’humidité.

  – –  Performance. Incomparable au confort du duvet, le synthétique n’apporte pas le molletonné qui fait l’attrait du duvet. Aussi performant soit-il, il ne conservera pas aussi bien la chaleur que le duvet, car son pouvoir gonflant, et donc d’isolation, sera plus faible.

Pour conclure, si vous pensez ne jamais descendre en dessous de 0°C la nuit en bivouac ou en lodge, partez sur du synthétique. Pour des treks engagés, partez sur du duvet. Vous ne le regrettez jamais.

moutain equipment starlight II

Starlight II, de Moutain Equipment. Un excellent sac en synthétique, mais pour des températures positives

Enfin, sachez qu’il est possible d’augmenter la performance du duvet par un drap thermique. Outre la sensation de confort complémentaire qu’il apporte, le drap permet d’isoler le sac de couchage de vos mauvaises odeurs ou de votre hygiène toute relative afin d’éviter qu’il ne devienne un appât à mouches.

Si les draps en coton (communément appelés sacs à viande) ou en soie (plus léger) n’apportent qu’une isolation sommaire, les draps en thermolite apportent un degré de confort complémentaire. Les apports calorifiques signalés par le fabriquant sont quelque peu exagérés, mais l’isolation thermique est néanmoins efficace. Ces draps sont sensiblement plus lourd que de simples draps en soie (compter 400g pour le Thermolite Reactor Extreme, contre 117g pour le drap en soie Décathlon).

Si jamais vous avez encore froid, n’oubliez pas de mettre un bonnet. « Si tu as froid, mets ton bonnet! »

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