Portrait du Che, La Havane

Janvier 1959. La révolution a vaincu. Le jeune commandant Che Guevara est élevé au rang de héros. Cuba, plaque tournante de la drogue et de l’argent sale des clans mafieux, mis en place sous l’ancien dictateur Batista, entame une purge. La Havane vibre au son du Buena Vista Social Club et du mambo de Benny More, tandis qu’Ernest Hemingway noie son génie dans les daïquiris de la Floridita. Le pays s’enrichit par l’industrie sucrière et les plantations de tabac, seule véritable ressource de l’île.

Avril 1961. La défaite des américains dans la baie des cochons marque l’entrée définitive du pays dans une ère de communisme, et décide d’un embargo économique, commercial et financier qui conditionne encore le pays aujourd’hui.

Les amis, bienvenue à Cuba.


Aujourd’hui, en 2016, est-ce que la situation a vraiment changée ? A première vue pas tant que ça.

Les barbudos sont toujours au pouvoir, les slogans révolutionnaires résonnent à l’entrée des villages (Vencemeros !), les cubains s’alimentent par tickets de rationnement, les plantations de canne à sucre (de l’état) alimentent en rhum les mojitos des bars parisiens et les cigares de tabac cubains (des plantations de l’état, là encore) sont les plus cotés au monde. L’embargo a été levé sur les produits alimentaires et les médicaments, certes, mais les frères Castro sont toujours au pouvoir et le régime révolutionnaire combat toujours autant le monde capitaliste.

Mais dans le détail, si les belles décapotables sont encore là, du moins dans les grandes villes, Cuba à su profiter de son âme, de son patrimoine culturel et de son environnement exceptionnel pour devenir une destination privilégiée du tourisme. Et jusqu’à il n’y a pas longtemps, du tourisme all-inclusive dans des hôtels défraîchis et sans charme datant des années 60. L’offre n’étant pas à la hauteur de la demande, l’état à donc pris la décision que les cubains auraient droit désormais d’accueillir et d’héberger chez eux les touristes, en échange d’une taxe (bien sûr). Ce qu’ils ont fait.

Trinidad, Cienfuegos, Vinales, Santiago et La Havane possèdent aujourd’hui des centaines de Casas Particulares (maison d’hôtes) et de Paladares (tables d’hôtes). C’est même devenu un objectif en soi. Avec le jeu de la double monnaie, une nuit chez l’habitant revient à un mois de salaire d’état. Et pour nous voyageurs, cette immersion dans la vie quotidienne des cubains permet de prendre conscience de leur mode de vie, de leur hospitalité et, avec un peu de chances, de découvrir de somptueuses demeures coloniales au milieu de bâtisses en ruines.

A Cuba, les villes ont une âme, une vraie. Flâner dans le centre de la Havane et se mêler aux gens qui passent, les marchands de pain dans la rue, les gens assis sur les marches à regarder les passants, les mamas accrochées aux barreaux de leurs fenêtres sans vitre, un chat errant qui passe nonchalamment devant des façades décolorées, une vielle Buick en piteux état qui ronronne. A l’arrière, un couple de touristes. Sont-ils là pour 3 jours, une semaine, un mois ? Que vont-ils découvrir dans leur taxi ? Vont-ils sentir le charisme de cette ville qui prend aux tripes, ses odeurs nauséabondes de fruits pourris, cette vie qui se renouvelle à chaque coin de rue ?

Car Cuba révèle son cœur à ceux qui sauront s’éloigner des sentiers battus. Paradis perdus (Cayo Jutias), merveilles architecturales (Trinidad, Cienfuegos, La Havane), paysages sublimes (Vinales et ses mogotes), gastronomie recherchée. Mais l’appât de l’argent du touriste crédule est une tentation à laquelle il est difficile de résister. Les insistants jineteros, ou rabatteurs, ne manquent ni d’audace ni de ruse pour déjouer notre méfiance et gâcher un bon moment.

Il faut toutefois se mettre à leur place. Sous un régime communiste totalitaire et de l’embargo, les cubains ont appris à se débrouiller sans aide extérieure. Il n’y a pas supermarché à Cuba, ni de trains. Les connexion internet sont rares et les routes en mauvais état. Et pourtant les cubains, solidaires et débrouillard, semblent heureux. Fier de montrer au monde entier qu’avec peu de moyens, un rationnement alimentaire et l’absence d’infrastructures, le pays a fait des miracles de valorisation de son patrimoine, de ses ressources et de son savoir-faire. Et attire comme un aimant tous les amoureux des cigares, du ron, du Che et bien sûr, des danses latines,

Ah Cuba, terre fondatrice de la salsa ! Mon corps résonne encore au rythme de la clave. Dans les rues, la musique est partout, raggaeton, son, salsa, merengue… Les groupes live jouent pour les touristes dans des bars réputés, toujours le même classique de Buena Vista Social Club revisité, parfois pêchu, parfois doux. Parfois un petit groupe de musiciens se rassemblent sur une place, dans une rue ou le long de la grève. Quelques uns d’abord, puis de nouveaux se mêlent avec un nouvel instrument. Avec à chaque fois ce sourire, ce naturel désarmant de pouvoir exprimer par la musique.

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