Rapa Nui, l’Ile de Pâques, est une terre mythique, perdue au milieu du bleu de l’océan. Une île de mystères absolus, de peuples oubliés et de civilisations disparues. Un lieu hors du temps, tellement hors d’atteinte dans l’imaginaire collectif que sa simple allusion évoque le lointain, un rêve de voyage inaccessible…

Il a donc fallu qu’on y pose les pieds.


L’avion atterrit. La température avoisine les 30°C. Les larges flaques d’eau au sol semblent dire que le soleil, pourtant déjà brûlant, n’est sans doute pas là depuis bien longtemps. Une légère fragrance d’embruns et de fleurs sauvages emplit les sens. Notre hôte nous attend à la sortie du petit aéroport. Elle nous pose un collier de fleur exotiques autour du cou pour nous accueillir, l’air de dire « Bienvenue au Paradis ».

Hanga Roa, la « Grande Plage » en rapanui, la langue des habitants de Rapa Nui, est l’unique village de l’île. Un village au caractère indéniablement polynésien : hibiscus, bananes, boue et maisons bricolées. Et le long de la côte déchiquetée, des moaï. Vestiges d’une époque aujourd’hui disparue, les gardiens séculaires veillent sur les habitants. Leurs visages de pierre façonnés par l’érosion nous regardent d’un air sévère mais bienveillant…

Ahu ko te riku

Ahu Ko te Riku, Hanga Roa, Rapa Nui


Premier jour…

Sous un soleil aujourd’hui éclatant, nous partons rejoindre le site le plus emblématique de Rapa Nui, Rano Raraku. Sur le sentier, nos yeux s’arrêtent sur un spectacle ahurissant : des dizaines de têtes en pierre, des moaï, gigantesques, semblent surgir du sol et se dressent face à la mer. Car Rano Raraku est une carrière, creusée sur les flancs d’un cratère volcanique, et le lieu de création de presque tous les moaï de l’île. Un endroit empli d’une aura mystique, presque irréelle. Mais pourquoi y a t-il encore tous les moaï ici ? Ils ne protègent aucun village, aucune habitation. Certainement parce qu’ils n’ont pas pu être acheminés jusqu’à leur destination finale, faute de rondin de bois pour les transporter.

En s’approchant, on s’aperçoit en réalité que les moaï ont un corps, mais qu’il est le plus souvent enfoui dans le sol. Les premiers moaï ont les traits ronds, presque grassouillets, identiques aux tikis des îles marquises. Puis le style s’affirme, les traits s’allongent et les têtes s’agrandissent, comme tous les grands moaï que l’on voit sur l’île. Des têtes à l’air dubitatif, songeur. On a presque l’impression ces têtes de 3 mètres regardent quelque chose. Des visiteurs venus d’un autre monde ? Quelques uns sont toujours attachés à leur socle de pierre, comme si les sculpteurs n’avaient pas eu le temps de terminer leurs œuvres et les avaient abandonnés. Certains dépassent même 20 mètres, un travail titanesque mais inachevé…

Rano raraku

Rano raraku, Rapa Nui

Rano raraku

Rano raraku, Rapa Nui

Rano raraku

Rano raraku, Rapa Nui

Rano raraku

Un moai couché, Rapa Nui

Rano raraku, Rapa Nui

Le plus grand moai jamais réalisé, Rapa Nui

rapa nui, rano raraku

Rano raraku, Rapa Nui


Nous rejoignons le cœur du cratère, pour atteindre un simple étang bordé de roseaux. Un petit groupe s’avance près du rivage, transportant une pirogue. Un homme presque nu s’approche, et commence à surfer. Bon. Mon garçon, il y a la mer à 100m hein. Quelle idée d’aller faire sa petite traversée dans un étang ? Rituel, tradition, entraînement ? En fait, un peu les 3. Car c’est ici qu’à lieu tous les ans une des épreuves du festival de Tapati, le Ta’ua Rapa Nui. Un triathlon un peu spécial, qui consiste à traverser la lagune sur une barque de roseaux, à en faire le tour en courant, un régime de bananes sous chaque bras, puis une seconde fois sur les flanc de cratère, et enfin à retraverser le lac en surfant sur une pirogue. C’est du sérieux.

De haut de la carrière, le panorama se prolonge jusqu’à un autre volcan, Poike, lui aussi éteint. Il forme la pointe Est de l’île, bordée de falaises. En contrebas, on voit au loin une série de petites statues alignées…

On se rapproche, et pour la seconde fois de la journée, on reste en extase. Devant nous se dresse le plus fantastique et plus grand autel de l’île, un ahu gigantestque, Ahu Tongariki. Onze moaï, haut chacun de plus de 5 mètres et parfaitement alignés, tournent le dos à la mer et regardent vers les étoiles, d’un air, là encore, dubitatif. Aucun ne se ressemble, ni de taille, ni de visage. Comment des hommes ont-ils réussi à faire cela ? C’est absolument incroyable.

Poike, Ahu Tongariki, Rapa Nui

Poike, et Ahu Tongariki, en bas à droite

ahu tongariki , Rapa Nui

Ahu Tongariki, Rapa Nui

Nous rejoignons Hanga Roa. Ce soir, une troupe de musiciens et de danseurs se produisent dans une salle de spectacle. Comme ailleurs, on s’imagine que ce genre de spectacles est fait pour les touristes en manque de folklore local. La salle se remplit, le bar sert des rhum à 2€ dans de petits verres en plastiques, et bien vite on se rend compte que nous sommes les seuls touristes ! Tout le village se réunit, écouter les musiciens, sortir ses petites brochettes de poulet mariné d’un brasero, monter sur scène avec les danseurs et profiter d’une soirée sympa dans une ambiance festive et décontractée.

Les danses traditionnelles de l’île de Pâques rappellent la Polynésie, mélange de gestuelles tribales et de chorégraphies. Les danseurs presque nus, tatoués et les muscles saillants, exécutent des mouvements guerriers, proche du haka maori. En opposition, les danseuses empruntent au folklore polynésien son charme et sa sensualité.


Deuxième jour…

Anakena est une plage, la plus belle de l’île. Une des seules également, car qui même penserait que sur un bout de caillou perdu au milieu de l’océan il aurait été possible de trouver une plage de sable.

Et quelle plage ! Anakena est une idylle, un rêve, une plage de sable fin blanc corail devant une mer turquoise qui se perd vers l’horizon infini. La douceur des alizés caresse le ciel azur, un soleil au zénith dore le sable brûlant. Nous sommes sous les tropiques.

Au pied de l’anse qui se termine en dunes sous les palmiers, Ahu Nau Nau, un autel de 7 moaïs, dont la plupart portent encore leur pukao, la coiffe des moaï d’une couleur brune.  Les premiers habitants de l’île, les Haumaka, se sont installé ici, dont les traces de leurs sédentarisation sont encore visibles.

Toute la population locale se retrouve à Anakena, jeunes et moins jeunes, jouant dans les vagues. Le temps pour nous d’une pause… Déjà presque 4 mois de voyage, et le moins que l’on puisse dire est que nous n’avons pas eu beaucoup d’occasion de tremper nos pieds dans l’eau.

Ahu Nau Nau , Rapa Nui

Ahu Nau Nau, Rapa Nui


Plus loin, quelques chevaux, sauvages peut-être, nous tracent un chemin jusqu’à la crique d’Ovahe. Un lieu perdu, cachée sous une falaise de basalte, étincelante d’éclats d’obsidiennes héritées du volcan. Une petit plage intimiste, presque défendue, accueille quelques téméraires.

Un soleil déjà rougeoyant éclaire l’île d’un éclat mordoré. Il est temps de rejoindre la ville. Un dernier détour sur Ahu Akiri, un Ahu de 7 moaïs sur les flancs du volcan, l’unique Ahu regardant la mer.

Nous regagnons la rive occidentale. Il est 18h. Au delà d’un promontoire, le soleil couchant éclaire un grand ahu, érodé par l’écume des vagues. Une dernier rayon illumine les statues de pierre. Nous allons dîner « Au bout du Monde », petit restaurant mêlant la gastronomie pascuane et française.

Ahu Akiri , Rapa Nui

Ahu Akiri, Rapa Nui

Rapa Nui

Coucher de soleil sur Hanga Roa et ses Moai gardiens


Troisième jour…

Nous quittons Hanga Roa par un sentier qui rejoint la pointe sud de Rapa Nui, et nous amène sur l’ascension du volcan Ranu Kao. Un volcan éteint, dont le cœur abrite un marécage protégé et isolé de la mer. Le point de vue est vertigineux. Nous longeons alors la crête pour rejoindre un ancien village, au bout d’un sentier pédestre : Orongo. Seulement ici, il n’y a aucun moaï, seuls quelques pétroglyphes a moitié effacés.

Du village, on aperçoit 3 petites îles, Motu Kau Kau, Motu Iti et Motu Nui, sur lesquelles, chaque année, les hirondelles de mer, traversent l’Océan Pacifique pour venir y faire leur nid. Ce voyage a donné naissance à un rituel, retracé dans les pétroglyphes, la cérémonie de l’homme oiseau : de juillet à septembre, pendant le printemps austral, les meilleurs guerriers entraient en compétition dans le but de ramener au village le premier œuf de la saison. Erigé à l’état de demi-dieu, le gagnant obtenait alors le titre d’homme-oiseau, interlocuteur entre les dieux et les hommes…

Ranu kao

Ranu Kao

rapanui06

Motu Nui

Orongo

Ancien village d’Orongo


Nous redescendons au pied du volcan pour atteindre un site énigmatique, Ahu Vinapu. Au bout d’un promontoire battu par les vents, reposent plusieurs moaï dans un état d’érosion avancé, et un autel. Seul l’autel, ou ahu, est encore en place. Car il présente une particularité : toutes les pierres sont parfaitement assemblées, sans mortier. Une imitation parfaite des techniques de maçonnerie inca, alors que les légendes et historiens s’accordent sur une origine polynésienne des habitants de l’île (Marquises ou Salomons)…

Ahu Vinapu

Ahu Vinapu

Nous retournons une nouvelle fois à Hanga Roa. Les rues colorées de fleurs multicolores s’animent des venues de villageois et de quelques touristes en kway. De petits marchés improvisés distribuent légumes et fruits exotiques. Au gymnase, les enfants apprennent une des danses rituelles de Rapa Nui, patrimoine inestimable transmis de génération en génération. Une chorégraphie précise accompagne les paroles en rapanui.


Départ…

Il pleut. Le ciel exprime avec violence notre émotion. C’est déjà l’heure du retour. On traverse le tarmac de la piste du petit aéroport en s’abritant tant bien que mal. On décolle…

En dessous de nous, sous les volutes de nuages, la verte Rapa Nui, ne semble déjà plus qu’un petit point vert sur l’océan gigantesque. Une île chargée d’histoire, de rites et de mystères. Mais une île où la danse, le chant et la gastronomies font plus que jamais partie de la vie des habitants, qui perpétuent avec fierté les traditions de leurs ancêtres polynésiens.

Quelques adresses :

Pour dormir : Cabanas Anariki

Il y a beaucoup d’options à Hanga Roa, le seul village de l’île. Mais la plupart de ces options sont assez chères ! Notre conseil : optez pour les bungalows (ou cabanas). On a été très bien accueilli, et les bungalows sont très confortables, pour 60€ la nuit, franchement c’est très honnête. Vous pouvez réserver directement depuis cette adresse : Cabanas Anariki.

Pour (bien) manger : l’île de Paques n’est pas le temps de la gastronomie. Les resto du centre ville sont souvent pris d’assaut le soir, pour des plats plutôt basiques. En longeant la côte, juste après le centre ville et avant le cimétière et le site de Ahu Tahai il y a un très bon resto polynésien, Au bout du monde. On y mange très bien, et c’est plus original qu’ailleurs. Je vous le conseille vivement.

Quels moais aller voir : tous ! En 3 jours, on a fait le tour de l’île, donc allez-y, faite le tour, et allez voir chacun de ces incroyables moai. Alors oui, certains sites sont plus spectaculaires que d’autres, mais les sites moins connus , ils seront aussi beaucoup moins visité, et là vous serez seul au monde. Magique !

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Lien sur la page de l’UNESCO World Heritage : Parc Naturel de l’île de Paques

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2 thoughts on “Rapa Nui, le rêve du voyageur

  1. Alain il y a 2 années

    Salut Raphaël,
    Ton blog est juste sublime (textes et photos), bravo 🙂 !
    Amicalement,
    Alain

    1. Raphael K. il y a 2 années

      Salut Alain,
      Merci beaucoup !
      Ce fut bien cool toutes ces années.
      A très vite,
      Raphaël