« Le GR20, parcours mythique ! »,  » Le GR20, le plus sauvage et le plus difficile d’Europe !« 


Le GR20 entretien depuis plus de 40 ans tous les fantasmes du trekkeur esthète. S’il ne devait exister qu’un seul GR, ce serait celui-là. Exigeant, capricieux, immuable, le GR20 mérite sa réputation.

A défaut de s’inscrire dans un patrimoine ancestral, ou d’emprunter des chemins historiques ou pastoraux, comme certains GR métropolitains, GR5 ou GR10 notamment, le tracé initial du GR20 traverse la Corse par la ligne de partage des eaux. C’est à dire par les crêtes.

Le tracé a depuis un peu évolué, en favorisant le business des bergeries privées, installées tout le long du parcours. Le parcours actuel est donc un poil moins difficile, et un poil plus long que jadis.

Le GR20 n’est pas une randonnée, c’est un combat. Un combat contre les éléments, car la montagne est capricieuse, les orages fréquents, la neige persistante et la chaleur difficilement supportable. Un combat contre la fatigue, les mauvaises nuits, et les courbatures. Un combat contre les autochtones des refuges, dont la victoire ne sera parfois assurée qu’après de longs palabres. Mais surtout un combat contre soi-même, miné par un sac entièrement trempé, des journées de marche dans la brume, des ampoules aux pieds, des ronflements incessants, une tente qui goutte, des douches glacées, des refuges bondés et des renards désinhibés.

Mais ces petits désagréments ne seront rien au regard des paysages minéraux à couper le souffle, des émotions aux abords d’un col enneigé, de l’approche des chevaux aux abords des pozzines, de l’amitié construite au gré des étapes, de la richesse gastronomiques de produits authentiques, et du soulagement d’avoir parcouru un tracé mythique.

Voici le récit de cette expérience inoubliable.


Jeudi 6 juin , Paris


Levé 6h. Peu dormi. RER -> Orly. Arrivée à Bastia, il ne fait pas un temps formidable. A peine sorti de l’avion, je me fais accoster par un petit groupe de GRandonneurs. Il y a des signes qui ne trompent pas. On attendra le bus ensemble, après quelques tentatives d’autostop ratées .

Le bus mettra 2h pour atteindre St Lucie de Porto Vecchio. La conductrice du bus est une vraie corse. On s’arrête pour acheter des  cigarettes, dire bonjour, prendre un café au troquet, faire pipi,…

De 3 notre groupe est passé à 9. Tous au départ du GR20, sens Sud -> Nord (dans le sens inverse donc).

19h. Conca. Gîte les tonnelles. Je pose la tente et entame la discute avec un groupe hétéroclite qui vient d’arriver. Bertille, Marcel, JB, Alexandra, Thomas, Julie et Nicolas. Ils ont l’air bien amoché, mais heureux. Je dînerai avec eux. Le repas est comblé par le récit de leurs aventures, avec des infos surprenantes : le cirque de la solitude est fermé,  -20°C ressenti. 70% mental – 30% physique.

C’est un petit groupe qui s’est soutenu et motivé ensemble, au fur et à mesure. Du départ, 50% sont allés au bout. L’autre moitié a abandonné en route… Ce qu’ils ont vécu à l’air d’avoir été une grande aventure humaine. Arrivé ensemble à avoir surmonté l’impossible. Je glane les infos utiles : couper par les crêtes, ne pas manger dans tel refuge, prévoir un budget Pietra…

Si tout se passe bien, je passerai le cirque de la solitude dans 3 semaines. D’ici là, j’espère que le gros de la neige aura fondu, ou au moins que les crampons se seront plus obligatoires.


Jour 1 : Conca > Refuge d’I Paliri 

6h30  +960m


Le départ de Conca est à l’arrache. Dans le village, une petite dame me renseigne pour trouver. Bien.

Je pars en compagnie d’un couple de hollandais.

Levé 6h30, parti 8h. Peu dormi. Les 2 types d’Agen sont partis tôt, vers 5h30. Je remballe, et salue mes amis de la veille, prends quelques numéros et mail.

Cette première étape donne le ton gentiment. Des paysages granitiques qui rappelle Bavella. Arrivée au refuge vers 14h15. Un panorama à couper le souffle ! Le gardien du refuge est antipathique au possible. Je rencontre de 2 belges arrivés séparément. Sympas. Je réserve avec difficulté le repas du soir (oui, le repas se réserve  !). Le refuge est vaste, et l’aire de bivouac propre et dans les hautes herbes. Par contre, ce sont des toilettes à la turc et la douche au tuyau, glaciale. J’en profite pour faire un peu de lessive.

GR20 I'Paliri

Etape 1 Conca – I’Paliri. Toilettes du refuge

Un second gardien arrive, « bigoude » de son petit nom (il a les cheveux bouclés…). Nettement plus sympa.

Vers 16h30, les 3 filles, croisées hier, arrivent au refuge. Elles continueront jusqu’au col de Bavella, à 2h de marche…

 18h30, repas avec tout le monde. Charcuterie corse, spaghetti – veau en sauce, fromage. 16€.  Pas donné. Je prends une Coppa et 1 demi pain, pour demain midi.

Les rayons de soleil éclairent le « trou de la bombe ». Ca fait son petit effet. Nous sommes au final une quarantaine, dont un quart d’étrangers.

GR20 panorama

Etape 1 Conca – I’Paliri. Panorama


Jour 2 : I Paliri -> Asinau

8h15  +1400m


Purée j’en ai chié !

J’ai voulu passer par la voie alpine de Bavella. 1) Parce que c’est plus joli, et 2) parce que c’est plus dur. Ca aurait pu bien le faire, mais m’a gouru. J’ai suivi des types avec un GPS qui semblaient savoir ce qu’ils faisaient. Erreur ! Résultat, 1h30 de perdu et bien 200m de dénivelé positif sur une étape qui en faisait déjà 1200m.

GR20 Aiguilles de Bavella

Etape 2 I’Paliri – Asinau. Aiguilles de Bavella

Départ 8h, arrivé 16h15. Sur la route je croise le vieux de la veille, parti plus tôt (faudra que je lui demande son nom), puis un groupe de gens du sud (à l’accent je dirais de Marseille) de la veille.


Au refuge, tout le monde est là (normal, il n’y a qu’une seule route…) : les 3 filles, les belges, le vieux, les marseillais, les anglais, le couple anglo-danois. Et puis des tas de gens venant de l’autre sens. Les derniers seront sous la pluie.

J’arrive au refuge d’Asinau sur les rotules. Pas moyen de récupérer malgré les barres céréales. Mes potes belges étaient arrivés depuis bien 2h. L’un d’eux me nourrit d’un gel hyperglucidique. 5 minutes plus tard, je saute comme un cabri. Efficace ce truc.

GR20 Punta di u Pargulu

Etape 2 I’Paliri – Asinau. Aiguilles de Bavella, Punta di u Pargulu et Monte Incudine

Le refuge est chauffé, et ce soir c’est lentille-saucisse, coppa, fromage, crème chocolat. Royal. Le refuge est à 1563m et domine toute la vallée et les aiguilles de Bavella. Il est également à flanc de l’Incudine, la grosse étape de demain (2150m). Une nouvelle étape a été rajoutée au GR très récemment : celle de demain est découpée en 2 morceau, et passe par les bergeries de Croce et le refuge de Mathalza, au lieu de coupe tout droit. Sauf que personne ne le prend. J’étais bien chaud pour faire une petite étape, tant pis. On verra demain, je suivrais.

Les chiottes sont de vraies chiottes (toilettes sèches), la douche est au moins aussi glacée que la veille, et dehors il commence à faire froid. Je vais me coucher, il est 21h.


Jour 3 : Asinau -> Bergeries de Croce

4h30  +750m


Etape du GR20 raccourcie à cause du temps.

Physiquement OK. Par contre, un temps pourri. Il a plu toute la nuit. Le matin j’attends que 1. le temps se lève, et 2. la tente sèche. Il s’arrête de pleuvoir vers 6h30. On part pour 9h.

Grimpe de l’Incudine par la face sud : 2h, +600m. On entend l’orage gronder, on presse le pas. La montée est bien raide, et vers 1800m, on croise nos premiers névés. En corse. Au mois de juin…

Monte Incudine

Etape 3 Asinau – Croce. Monte Incudine

11h, nous sommes au sommet, et dans les nuages. Il fait un froid glacial. Je suis couvert contre la pluie + gants. Ca suffit juste. Nous essuyons averses de pluies et de grêles, en alternance. Ca ne s’arrêtera plus jusqu’aux bergeries. En chemin, et malgré la pluie, le paysage est magnifique. Des pozzines, sortes de tourbières planes et herbeuses, parcourues de petites rivières de neige fondues, parsème le trajet.


Arrivé à Croce, petite pause. Fred, avec qui je suis parti le matin, continuera jusqu’à Mathalza. Après une mure réflexion, les Bergeries de Croce seront mon étape de cette nuit.

Constat équipement : Veste Gore Tex + pantalon Gore Tex = pas mouillé mais alors pas mouillé du tout, malgré 4h sous la pluie non stop! En revanche, une poche d’eau s’est formée je ne sais pas comment au fond du sursac et à trempé tout le compartiment inférieur par capillarité. Compartiment contenant matelas, duvet, et oreiller, recouvert par précaution de 2 couches de sacs plastiques…

A l’intérieur de la bergerie, je retrouve Jean-Louis (l’autre belge), Richard (le vieux), le couple anglo-danois, et un groupe de 12 en voyage organisé, avec qui on entame la discute.  On passe l’après-midi dans une ambiance bon enfant. Nouveau refuge, nouveaux compagnons d’infortune. Des jeunes qui viennent du nord. On restera devant la cheminée… jusqu’à 20h.

Je m’aperçoit aussi que j’ai claqué la moitié de mon budget initial pour le GR20 (soit 350€) en 4 jours. Il en reste au moins 9. Je ne vais donc pas y arriver comme ça. Evidemment, aucun distributeur sur le trajet. Solution actuellement envisagé : faire l’aller-retour Vizzavona – Corte à mi-parcours. On verra. Faudra que je mange le riz que j’ai emporté aussi.

La pluie ne cessant pas, la nuit se fera dans le dortoir de la bergerie. Inutile de préciser mais les douches sont dehors, mais chaudes…

La radio nous dit que le temps se lèvera demain. Après demain, 24°C. Mouais. Pour l’instant dehors il fait 4°C et nous ne sommes qu’à 1500m. Comme dit le gardien du refuge d’Asinau : « le temps, tu l’as devant toi »…

GR20 Bergeries de Croce

Etape 3 Asinau – Croce – Bergeries de Croce


Jour 4 : Bergeries de Croce -> Usciolu

5h30  +660m


La nuit au refuge n’est pas ce qui se fait de plus confortable. 40 places, 40 matelas superposés côte à côte contre l’enceinte extérieure de la bergerie. Au trois-quart plein. Jean-Louis dormait à côté. Il m’a dit qu’il ne ronflait pas. La nuit a prouvé que ce n’était pas le cas.

Dès 6h30, il pleut. La nuit avait semblé plutôt calme. On retarde tant qu’on peut le départ à cause de la pluie en espérant que ça se lève. Largement le temps de prendre un petit déjeuner, et de faire quelques parties de cartes.

Usciolu Coscione

Etape 4 Croce – Usciolu. Coscione

11h, on décolle, sous une petite bruine. Le ciel est très bas, des franges de nuages descendent dans les vallées. Jean-Louis est devenu un ami. Nous ferons la route ensemble. Nous ne sommes pas trop de deux paires d’yeux pour trouver les marques.

Après deux heures de marches dans les vallées herbeuses, nous arrivons sur les crêtes, et dans les nuages. Le passage est technique, car la pluie rend les dalles de granite glissante, limite dangereuse. On cherche notre chemin une fois, deux fois, on galère un peu, la pluie devenant de plus en plus forte…


On accélère le pas jusqu’au refuge, sans s’arrêter ni manger, peut importe à quelle distance il se trouve. Sur le chemin on retrouve Richard, parti de la bergerie plus tôt que nous. Vers 16h30 on arrive au refuge d’Usciolu. L’épicerie de ce refuge est réputée comme étant la plus fournie du GR. C’est le cas. La petite salle à manger est bondée de trekkeurs, et de leurs affaires qui tentent de sécher dans tous les recoins possibles. On doit être au moins 40 là dedans, dont un quart debout. Je me réchauffe un peu, fait une partie carte avec une fille et Fred que je nous venons de retrouver.

Le site de bivouac est étroit et escarpé, mais je trouve une place, tout en bas, à la limite des falaises. Il faut presque 10 minutes pour l’atteindre, depuis le refuge, 150m plus haut.

Il fait un froid glacial, à cause d’un vent terrible. Ressenti 3°C. Nous sommes à 1850m. Une fois installé, étant donné ce qui me reste du budget, ce soir ce sera riz-bouillon cube (une astuce de trekkeur, le bouillon cube…). Pas de place dedans, ce sera dehors. Il y a deux chevaux qui se promènent autour du refuge, avec chacun une cloche de vache, pour savoir où ils sont.

Refuge d'Usciolu

Etpe 4 Croce – Usciolu – Diner

Vu le froid et vu le temps, pas de douche pour aujourd’hui (exceptionnellement hein), et aussi parce qu’elle est glacée, et beaucoup trop loin. Les affaires sont trempées, et bien sur elles ne sécherons pas cette nuit. Pas de lessive non plus, évidemment. Attendons demain et les 24°C promis (on peut toujours rêver !)

Je pensais avoir posé ma tente sur un terrain relativement plat, et il l’est … relativement. Le duvet glisse sur le matelas et j’ai passé ma nuit à descendre inexorablement vers le fond de la tente… Encore une nuit prometteuse…


Jour 5 : Usciolu -> Bocca di Verde

8h30  +750m


La nuit a été infernale. Des rafales de vents jusqu’à 100-120 km/h, toute la nuit. Dormi par intermittence. Ce qui n’a pas été le cas de Jean-Louis, qui n’a pas dormi du tout. Il a choisi de descendre au plus proche village, Cozzano, à 6h de marche, pour ensuite remonter sur Vizzavona, le temps de se réchauffer. Pour lui l’aventure s’arrête là. Le mauvais temps a eu raison de son mental.

Je décolle à 7h30. Crêtes, puis refuge de Prati puis Col de Verde. On tente de faire les 3 prochaines étapes du GR20 en 2. Objectif de ce soir : douche chaude. Seulement, c’est loin !

Panorama Usciolu

Etpae 5 Usciolu – Verde – Panorama du Bivouac

Pour une fois depuis 3 jours, il fait un ciel bleu magnifique, pas trop froid, et du vent. Evidemment contre nous. Les points de vues sont éblouissants. Nous partons en petit groupe des 3, et nous rattrapons rapidement le de groupe de 12 (des bergeries, faut suivre 🙂 et Richard.

Vue Monte Incudine

Etape 5 Usciolu – Verde – Vue du Monte Incudine

A 14h, nous sommes au refuge de Prati, les premiers. On fait une pause « healthy » (coca – canistrelli) après ces 6h30 de marche, et on repart pour 2h+ de descente dans la forêt.

refuge de Prati

Etape 5 – Usciolu – Verde – Vers le refuge de Prati

Sur le chemin, nous croisons bien 70 personnes. Nous n’avons jamais eu autant de monde. Ce qui confirme bien que les étapes du nord sont bien déconseillées, voir fermées, et que la grande majorité des trekkeurs, à part ceux vraiment bien entraînés, se rabattent sur le sud.

Arrivé au Col de Verde vers 16h15. Le groupe de 12 arrivera 2h plus tard, le temps de faire toute la lessive de tout ce qui est resté mouillé de la veille et qui pue, et de prendre une douche chaude. Et bien sûr une ptite Pietra, avant de déguster le repas gastronomique du soir. Ce soir ce sera riz aux cacahuètes et coppa. Eh dis donc, comme hier.

On croise des types du nord, à première vue des gaillards. Ce qu’ils racontent me rassure au moins sur un point : ils sont comme nous. Ils ont l’ai d’avoir pas mal dégusté. Les premières étapes depuis Calenzana les ont cassé, ils ont failli mourir à cause de chute sur des pans enneigés, à la Punta alle Porta, ils ont les pieds détruits et n’ont jamais eu aussi froid de leur vie. En gros, un calvaire. L’un des deux type mange des pâtes chinoises instantanées, mais crues.

2 zones sont visiblement très dangereuses : la Punta alle Porta, 2 étapes après Vizzavona, et le Cirque de la Solitude, inaccessible sans crampons et piolet, 3 étapes plus loin. Une solution si le temps s’y prête, faire les étapes entre les sites depuis Corte.


Jour 6 : Bocca di Verde -> Vizzavona

10h00  +850m


Etape facile, relativement, mais longue (10h+ de marche).

La nuit a été correcte. Pas de pluie, pas de vent, pas trop de bruit.On décolle vers 7h avec Fred,  Aurélien, et une salamandre.

GR20 salamandre

Salamandre

Sur le chemin on retombe sur un groupe de la veille, qui s’oriente sur la variante Monte Renoso. Forêt et caillasse au menu. A mi-parcours, nous retrouvons les 3 filles des premiers jours, qui nous avaient devancé en prenant le raccourci Asinau – Usciolu (l’ancien GR). L’un d’elle s’est brisé le genou, elle se fera rapatriée. Quelques minutes plus tard, c’est Fred qui se fait une entorse à la cheville. Le GR20 ne laisse pas beaucoup de survivants…

Monte Renoso

Etape 6 : Verde – Vizzavona – Monte Renoso

Je rejoins un couple de quadras sympas, et nous faisons la fin de la route ensemble. On retrouve Aurélien sur Vizzavona, le seul village du GR20.

Les dernières minutes du GR20 sont sont difficiles, les genoux morflent pas mal. Les derniers kilomètres avant Vizzavona sont même un calvaire. Arrivé, je jette mon sac, je peux à peine marcher à cause des courbatures.

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