D’une poignée de mains chaleureuse, presque fraternelle, je salue Tenzin (oui, comme le dalaï-lama), mon guide de ces 6 jours dans la Vallée de la Markha.
6 jours d’un trek que j’avais imaginé facile, un trek « d’acclimatation », et qui s’est avéré assez éprouvant, par une conjonction de facteur néfastes : tempête de grêle, indigestion, chemin hasardeux, blessures.

Pour accéder à la vallée de la Markha, il faut soit emprunter une route escarpée qui se délite à chaque passage, soit franchir a pied un col a 5000m. J’ai pris la seconde option.

Skiu est le premier village de la vallée. En guise de village, quelques maisons en terre, un gompa (petit monastère), une tente de ravitaillement. Rien d’autre. Pas de route, pas d’eau courante, pas de réseau électrique, et évidemment pas de guest house.

Je dors chez l’habitant. En guise de chambre, une paillasse recouverte d’une « couette » grisâtre, un trou dans le sol pour les toilettes (il vaut mieux ne pas oublier son papier…) et un dhal bat (plat de riz avec une soupe de lentilles accompagné parfois de légumes) pour dîner. Simple, mais authentique.

Durant 3 jours, nous remonterons l’incroyable vallée de la Markha, incapable de dévier de notre trajectoire car cernés par deux rangées de falaises abruptes et torturées, aberrations géologiques bariolées et multicolores. Nous croiseront les villages de Sara, Markha, Humla et Hankar, guère plus que quelques maisons éparses, accrochées à la falaise.

Vallée de la Markha, Village d'Hankar (3900m)

Vallée de la Markha, Village d’Hankar (3900m)

Durant 3 jours, il faudra traverser et retraverser la rivière Markha, dans une eau glacée arrivant parfois jusqu’à la taille, et suivre des sentiers escarpés et vertigineux, large d’à peine un pied. Et chaque soir, après 8h a 9h de marche, ce sera une même palliasse, un même dhal bat, mais chaque fois de nouvelles rencontres, de nouveaux échanges, de nouvelles émotions.

Un vieillard vénérable a moitié aveugle récite des mantras dans la lumière du matin, une couturière confectionne de petites figurines de yaks en laine pour subsister, un dresseur de chevaux amène le ravitaillement dans la vallée, le visage tanné par le soleil et le froid. Il s’arrête et boit un verre d’un mélange d’alcool de plantes et d’eau…

La vie de ces gens semble intacte, rythmée par des rituels ancestraux et originels. Ils ne semblent pas avoir été altéré par le tourisme qui sévit plus bas, dans la vallée de l’Indus, là où les Guest house poussent par dizaines, pour accueillir le flot toujours croissant de voyageurs.

Vallée de la Markha, Homme vénérable de 82 ans, village de Hankar

Vallée de la Markha, Homme vénérable de 82 ans, village de Hankar

Enfin, nous atteignons le camp de Nimaling, 4700m. Ce n’est plus un village, juste un camp de tentes décathlon parquées dans un enclos. Au milieu d’un prairie, où broutent vaches (dzo) et leurs petits, chevaux, ânes, et un troupeau de chèvres. En face, l’imposante masse blanche du Kangyatse (6400m) brille par un soleil embrasé.

À flanc de colline, les nomades de la vallée viennent fabriquer un yogurt et faire sécher un fromage de lait de vache, de yak ou de chèvre. Parfois sucré (pour les enfants), parfois non, mais jamais salé. L’espace d’un instant je mêle ma vie à celle de ces nomades en jouant au chasseur de choucas, prompt à voler quelque morceau de fromage appétissant.


Nous quittons définitivement la vallée par un second col, cette fois à 5200m, pour retrouver la civilisation. Difficile d’imaginer qu’à une journée de marche de la ville, les habitants d’une vallée presque autarcique entretiennent une vie grégaire, rythmée par des rites séculaires. Pour combien de temps encore ?

Déjà le Zanskar a été balafré par une route carrossable, bannissant définitivement de cette région un trek réputé.

Les habitants du Changtang ont refusé d’ouvrir des voies de treks volontairement pour éviter un afflux touristique qui nuirait à leur mode de vie. Tant mieux. Mais il est évident que le Ladakh suit l’exemple du proche Népal. Il doit pourtant en tirer l’expérience que les populations locales ne bénéficient que marginalement du tourisme, même responsable.

Pour des infos pour organiser votre trek, allez plutôt ici 🙂

Vallée de la Markha, Camp de Nimaling (4700m)

Vallée de la Markha, Camp de Nimaling (4700m)

Je n’ai pas de solution à proposer, seulement de continuer à tenter de faire vivre ces villages en adoptant une approche pure, la plus insignifiante pour leur mode de vie. Mon passage ne doit laisser aucune trace, aucune empreinte, aucun résidu. C’est a moi d’apprendre, pas d’imposer. Mais c’est à chacun de comprendre et d’adopter cette démarche, afin que tout le monde puisse retrouver l’authenticité de ces voyages pour les années à venir…

0 297