Je suis parti au Népal le 26 septembre 2014, avec seulement un billet d’avion et 2 nuits de réservées à Katmandou. Je m’étais un peu renseigné, et il ne me semblait pas insurmontable de réaliser des treks au Népal sans guide ni porteur, étant donné que l’on trouvait des petites auberges un peu partout, que j’avais pris des cartes, et que la pleine saison touristique démarrait. Sur le papier en tout cas, donc était clair. Initialement, j’étais parti pour passer 10 jours sur le tour nord des Annapurnas, pour tester mes capacités d’acclimatation à la haute altitude, afin de pouvoir enchaîner le trek suivant, les 3 cols du Khumbu, au pied de l’Everest, en étant préparé. Un échauffement donc.

Voici donc le récit de cette aventure…


Cet article est un journal. Si vous cherchez des infos, allez sur ces liens :


Tour nord des Annapurnas – Jour 0, 6h de route

Katmandou > Besi Sahar


Il y a 2 manières de rejoindre Besi Sahar, point de départ du trek : le bus ou le taxi. Pour le bus, il faut s’y prendre une journée à l’avance, rejoindre la gare routière de Ratna Park a Katmandou, trouver le bon guichet, crier pour acheter son billet contre des dizaines de népalais entassés et comprendre le baragouinage du type.

Sauf que demain commence LA fête hindoue de l’année au Népal, et que tous les bus sont pris d’assauts pour rejoindre la campagne. Donc j’ai réservé un taxi, comme un riche occidental.

Bien que Besi Sahar soit à 150km de Katmandou, à peine, il nous a fallu pas moins de 10h pour l’atteindre. 10h de virages ininterrompus, 10h à tromper la mort à chaque doublement complètement insensés sans raison et sans visibilité, 10h à tousser à cause de tout ce dioxyde de carbone que l’on avale sans cesse…

Les poumons noircis, j’arrive donc à Besi Sahar. Une ville moche comme on en a traversé plein. Quelques hôtels, des boutiques locales, des poulets, des garages, des dépôts de je ne sais quoi, des chantiers de construction, des chèvres, des 2 roues, bref un village népalais de la vallée.

Je pose mon sac à l’ « Hôtel » Gangapurna. Chambre avec 2 lits, salle de bain privative, toilettes a l’européenne, le grand luxe. Pas d’eau chaude, un matelas épais de 3cm sur des planches en bois (c’est bon pour les abdos), un robinet qui fuit et bien sur juste en face il y a un type qui pousse sa musique à fond. Un lodge correct donc. Pas de vue sur les Annapurnas, du moins pas encore.


Tour nord des Annapurnas – Jour 1, 4h de marche

Besi Sahar (760m) > Bhulbhule (830m) > Ngadi (940m) > Bahundanda (1310m)


La partie Besi Sahar – Ngadi est tout à fait sans intérêt. La première partie du trek du tour nord des Annapurnas suit une piste carrossable, et surtout une série de chantiers destinés à la réalisation d’un tunnel et d’une centrale hydroélectrique (chinoise). Bien pour la vallée, moins bien pour la promenade.

Après Ngadi, le chemin devient plus étroit et commence à grimper. Il fait une chaleur terrible, mais de gros nuages gris noirs commencent à se rapprocher. On traverse de petits hameaux dans les rizières en terrasses. Mignon.

Tour nord des Annapurnas Rizières, Bahundanda
Tour nord des Annapurnas, jour 1 – Rizières, Bahundanda (1310m)

L’approche de Bahundanda est magique : vue a 360° sur les rizières et les pans vertigineux de la vallée encaissée.

En chemin, je croise quelques népalais qui m’adresse naturellement la parole. Voici un exemple récurrent avec les badauds :

« Namaste ! Where are you going ? »
« I’m going to [prochain village] »
« Oh I have a restaurant in [prochain village]. Very good food ! Come come ! »
« Ok why not »
« You can stay here. My brother have very good hotel. Very good facilities, hot water ! »
« Thanks but I’m going to the [village d’après]. »
« Oh ! Very far ! It’s about 3 hours ! » (En réalité 1h30)
« I know i know, but i will try to reach it »

Avec les  enfants, c’est un peu différent. Quand on en voit, c’est d’emblée « Namaste ! Sweeeeet ! ». On leur a appris hein, ça ne vient pas naturellement, bien sûr. Evidemment, je ne me balade pas en pleine montagne les poches pleines de bonbons. D’ailleurs les enfants, on ne vous l’a pas appris, mais les bonbons, ça ne nourrit pas et ça donne des caries. Et papa et maman n’ont pas l’argent pour vous amener chez le dentiste alors ils vont vous laisser là avec vos dents pourries. Mauvaise idée, si si.

Un peu d’éducation ne ferait pas de mal, que diable. Non mais.


J’arrive à Bahundanda (1310m). Visiblement dans les premiers. il est 13h. Les nuages devenant vraiment menaçants, je décide alors de m’arrêter manger dans un gourbi sur la place du village.

Tous ceux que je croise ensuite arrivent sous la pluie mais ne s’arrêtent pas : trois espagnols (sans guide), deux groupes de hollandais (avec guide), deux anglaises avec un porteur, trois polonais, un groupe d’allemands et un beau groupe d’espagnols avec guide et porteurs. Je recroiserai beaucoup de ces personnes au fur et à mesure de mes étapes, mais à ce stade je ne le sais pas encore. Néanmoins, j’observe, et je note. On ne sait jamais.

Le prochain village est encore à 1h30 de marche, et franchement, commencer le tour nord des Annapurnas en marchant sous la pluie ne m’enchantait guère. Pas mon approche. 1) J’ai le temps. 2) J’ai horreur de marcher sous la pluie, si j’ai le choix, j’évite. 3) On ne fait pas de photos sous la pluie et la vue de Bahundanda mérite qu’on y prête un peu d’attention.

Tour nord des Annapurnas Bahundanda
Tour nord des Annapurnas, jour 1 – Vallée de la Marsyangdi depuis Bahundanda (1310m)

La pluie ne s’arrêtant pas de la journée, je prend donc l’initiative de passer la nuit ici. Je suis tout seul dans mon petit lodge, avec la fille qui fait la petite main, service, accueil, ménage,… Sympa, elle parle un anglais correct, fait ses études à Katmandou, m’explique qu’elle ne revient à Bahundanda que lors de la pleine saison, pour filer un coup de main à sa famille.

Le soir tombé, la pluie s’est arrêtée. Les rues ne sont éclairées que par les ampoules de quelques maisons encore ouvertes, mais le village est toujours aussi animé : les enfants jouent dans la rue, les vieillards discutent et écoutent de la musique. C’est grisant de se retrouver là, dans l’atmosphère de ce petit village avec les gens accueillants à la vie simple.

D’un coup, l’obscurité. L’électricité, comme tous les jours, se coupe. Pour une durée inconnue.


Jour 2, 5h15 de marche

Bahundanda (1310m) > Syange (1040m) > Jagat (1330m) > Chamje (1410m)


Je quitte Bahundanda sous un ciel bleu limpide, le temps de prendre un petit déjeuner chapati-confiture / thé citron (sans risque). Il est 8h. Pas vraiment le petit matin.

Tour nord des Annapurnas Village de Bahundanda
Tour nord des Annapurnas jour 2 – Village de Bahundanda au petit matin (1310m)
Rizières, vers Ghermu (1160m)

Le sentier serpentes entre les rizières en terrasses et les petits hameaux ruraux, ornés de drapeaux blancs et de petits chortens, symboles de leur héritage tibétain.

Le chemin redescend jusqu’à Syange pour retrouver la route carrossable. Je passe vite cette partie sans intérêt.

Pause déjeuner à l’Hôtel Mont Blanc de Jagat, avec du wifi (!). Je quitte la route (enfin), pour suivre un sentier abrupt qui me conduira jusqu’à Chamje.

Le paysage a évolué. Les rizières en terrasses ont laissé la place à des gorges encaissées, qu’effleurent de chaque côté des chutes d’eau vertigineuses. Le village de Jagat est encadré par des gigantesques falaises, tellement hautes qu’il en semble presque écrasé. La végétation n’est pas encore alpine, mais déjà plus tropicale. On approche de 1400m.

Chamje est situé sur la route principale. Ce village n’est pas dans les arrêts classique du tour des Annapurnas, mais j’y retrouve une trentaine de trekkeurs (c’est finalement assez peu), et dans le lodge de cette nuit, les 2 anglaises de la veille, un couple de belges (flamand, pas de chance), et un couple d’israëlien.


Tour nord des Annapurnas – Jour 3, 6h de marche

Chamje (1410m) > Tal (1700m) > Dharapani (1900m) > Danaque (2200m)


Petit déjeuner à 7h (toujours chapati-confiture / thé), départ à 8, je suis dans les derniers. Tranquille.

Pour rejoindre le village de Tal, on emprunte une suite de petites marches, le long de la falaise. Somptueux. Le village en lui-même est constitué quasi exclusivement de lodges, plutôt colorés et de bonne facture. Situé sur une large terrasse alluviale le long de la rivière Marsyangdi, Tal est entouré de falaises vertigineuses, d’où s’écoulent une myriade de chutes d’eau. Une large porte ornés de moulins à prières marquent l’entrée du village.

Tour nord des Annapurnas - Chemin vers Manang, via Chame
Tour nord des Annapurnas, Jour 3 – Chemin vers Manang, via Chame (1700m)

Après avoir franchi une nouvelle fois la rivière par un pont suspendu, le chemin ne quitte plus la route jusqu’à Danaque, la fin de l’étape du jour. Je retrouve sur la route le couple d’israëlien (accompagné d’un porteur) et les 3 polonais de Bahudanda. Toujours pas d’Annapurnas en vue ou de quelque montagne enneigée à l’horizon.

Nous arrivons à 2200m, et je ne ressens pas encore les effets de l’altitude. Par contre, je prend le parti pris de ne progresser en dénivelé que de 500m par jour, pour laisser à l’organisme le temps de s’acclimater. Pour changer de l’éternel Dal Bhat, je goutte aux momos, une sorte de dim sun chinois, farcis de légumes et cuit à la vapeur.

Le soir, je remarque que peu d’entre nous lavent leur linge, habitude héritée du GR20. Comment font les autres ? Ils n’ont pas la contraintes de porter leur sac, et donc de restreindre au max le choix de leurs vêtements, certes, mais est-ce la seule raison ?


Tour nord des Annapurnas – Jour 4, 4h de marche

Danaque (2200m) > Timang (2500m) > Tanchok (2570m) > Koto (2640m) > Chame (2710m)


Nuit paisible, mais réveil difficile. Sommeil léger, premiers effets de l’altitude. Je pars avec mes compagnons de route israëliens.

Très tôt, le sentier quitte la route pour se glisser, par une suite de petites marches, dans une agréable forêt de pins. Après une harassante ascension, on atteint Timang, village perché sur un éperon rocheux, laissant découvrir un panorama dégagé.

Et là, surgissant des nuages, un titan. Un sommet blanc étincelant, de roche et de neige, deux fois plus haut que toutes les montagnes qui m’entourent. Le Manaslu (8163m). La simple vue de cette montagne immense, colossale, se dessinant par delà les nuages renvoie une émotion intense, que je ne saurai décrire avec des mots. Le moment est magique, à couper le souffle, magnifique. Je reste en extase quelques instants.

Tour nord des Annapurnas Manaslu Timang
Tour nord des Annapurnas jour 4 – Vue sur le Manaslu (8156m) depuis le village de Timang (2750m)
Manaslu (8156m) sous les nuages et vue du village de TImang (2750m)

Et juste sur ce petit replat, un mignon petit cottage est installé, pour profiter de ce panorama extraordinaire. Étourdi, je reprend ma route qui continue de grimper jusqu’au village tibétain de Tanchok en suivant un large sentier de pierre.

Une heure plus tard, j’arrive à Chame. Je m’attendais à ce que tous mes compagnons de route s’arrêtent ici, mais, étant donné le nombre impressionnant de lodges, j’avais assez peu d’espoir de tous les revoir. Eh bien ce fut plutôt facile de les retrouver. Tout d’abord parce que Chame ne compte qu’une route principale, et les lodges ne sont installés que sur la partie amont de cette route, proche de la sortie. Ensuite parce qu’il y a trois points d’intérêt à Chame : le temple au centre de la ville, le point de vue sur le Manaslu, et la source chaude de l’autre côté de la rivière. Facile.

Tour nord des Annapurnas - Chame
Tour nord des Annapurnas, Jour 4 – Moulins à prière, village de Chame (2670m)

Chose amusante, c’est aujourd’hui le dernier jour de Dashain, la plus longue des fêtes hindoues du Népal. Si l’on ne retrouve pas en montagne ces sortes de grandes balançoires bricolées dans les vallées, les gens la célèbrent en s’apposant sur front des grains de riz agglutinés avec de l’épice tika (cette épice rouge que l’on retrouve dans les plats indiens). Partout les gens se rassemblent, jouent et s’enlacent, rient. Le village déborde d’une joie de vivre particulièrement communicative.


Tour nord des Annapurnas – Jour 5, 4h30 de marche

Chame (2710m) > Brathang (2850m) > Dhukur Pokhari (3240m) > Pisang (3200m)


Je quitte Chame dans les drapeaux de prière tibétains avec mes compagnons de route israëliens Tal et Eran. Derrière moi brille le sommet étincelant du Lamjung Himal (6995m), illuminé par un soleil éclatant. Le sentier traverse un une forêt de pins, puis s’ouvre sur un gigantesque cirque minéral qui, d’ici, semble parfaitement lisse. Nous franchissons l’altitude 3000m à Dhukur Pokhari, puis Pisang environ une heure plus tard. L’étape  du  Tour nord des Annapurnas d’aujourd’hui était là encore plutôt facile.

Pisang est divisé en 2 parties, une partie basse étendue le long de la route principale, dans la vallée, et dans lequel se trouve la plus grande partie des lodges, et une partie haute, à flanc de montagne, construit autour d’un monastère tibétain, abritant une vingtaine de moines bouddhistes. A 3300m, nous sommes toujours dans le creux de la vallée de Marsyangdi.

L’influence hindoue, prédominante jusqu’à Chame, est maintenant totalement effacée. Les villages que nous avons traversés depuis ce matin sont typiquement tibétains. Si Lower Pisang semble plus « moderne », envahit par des lodges colorés, Upper Pisang à conservé une âme de village tibétain authentique.

Moulins à prières décorés de bouddhas, manis et chortens marquent l’entrée du village. Bâties par d’épais murs de pierres, les maisons sont construites de manière identique pour résister au froid : au nord, aucune ouverture ni fenêtre n’est percée, au sud, elles s’ouvrent sur une large terrasse, sur laquelle est stocké le bois de chauffe. Sur chaque maison flotte le drapeau blanc tibétain. Les gens ont également un faciès plus râblé que dans la vallée, peut-être en conséquence de la rudesse du climat montagnard.

En atteignant le monastère, la vue sur les Annapurnas est simplement ahurissante. La chaîne forme une immense barrière de neige, qui ramène les sommets du premier plan, pourtant à plus de 5000m, à des collines…

Tour nord des Annapurnas - Pisang
Tour nord des Annapurnas, Jour 5 – Annapurnas II (7937m) depuis Pisang (3200m)

Je retrouve le soir une grande partie de mes compagnons de route des premiers jours. De nouveaux aussi : un indonésien est venu faire ici une retraite méditative de 3 mois dans la grotte d’un poète tibétain (Milarepa), un australien fait ici la deuxième étape de son tour du monde,…

La nuit tombée, la température chute brutalement. Entassés dans la salle à manger, chacun raconte son périple du jour, ses anecdotes, ses impressions. On discute des différentes options et des différentes étapes des prochains jours. J’apprend à jouer au jeu du « Tiger & Goats ». On commence tous à ressentir des petits maux de tête, premiers effets de l’altitude. Mais la relative fatigue de la journée est effacée par le souvenir de ce panorama spectaculaire sur les Annapurnas. L’objectif imaginé au départ du trek de ce Tour nord des Annapurnas enfin se dessine, les efforts réalisés ne vont pas tarder à être récompensés. Les jours qui suivent promettent d’être vraiment intéressants…

Tour nord des Annapurnas - Cuisine d'un lodge, Pisang
Tour nord des Annapurnas, Jour 5 – Cuisine d’un lodge, Pisang (3200m)

Tour nord des Annapurnas – Jour 6, 7h de marche

Pisang (3200m) > Ghyaru (3670m) > Ngawal (3657m) > Braga (3439m) > Manang (3540m)


Nous laissons derrière nous le chaleureux village de Pisang, éclairé par un ciel d’aurore. Le soleil rayonne par dessus le massif des Annapurnas II et III qui nous protège de son ombre gigantesque.

Le sac de 17kg et l’altitude font de l’ascension vers Gharyu un calvaire. Je franchis les malheureux 500m de dénivelé en une heure, complètement essouflé. En arrivant à Gharyu, je retrouve tous mes compagnons de route en train de faire leur petit selfie devant les Annapurnas. Le lieu est photogénique : du drapeau tibétain qui vole, une panorama superbe, un ciel bleu limpide. Je prend donc la pose.

Tour nord des Annapurnas - Ngawal
Tour nord des Annapurnas, Jour 6 – Village de Ngawal (3657m)

Les trois villages que nous traversons, Gharyu, Ngawal et Braga, sont d’authentiques villages tibétains, abritant chacun un petit monastère et de longs murs de moulins à prières, des villages séculaire, comme ceux que l’on voit dans les livres. Tout est d’époque, sauf les lodges.

Tour nord des Annapurnas - Annapurnas II depuis Ghyaru
Tour nord des Annapurnas, Jour 6 – Annapurnas II (7937m) depuis Ghyaru (3670m)

Je fais tout le chemin jusqu’à Manang tout seul. Je pensais rejoindre des gens devant, ou que quelqu’un me rattraperait (entre le sac et le rhume, ça n’aide pas), mais non. Alors que je n’ai croisé personne depuis 5h de trek, l’arrivée dans Manang donne l’impression de débarquer dans une station de sports d’hiver. Des centaines de trekkeurs équipés de doudounes flashy, des pâtisseries, des boutiques de souvenirs, un musée et même une salle de projection. Les premiers lodges que je croise sont pleins, pour la première fois. Je tente plus loin par hasard, et trouve un lodge correct (c’est à dire avec de l’eau chaude). A peine une heure après, Tal et Eran, mes compagnons de route israëliens depuis Chamje, posent leurs sacs au même endroit. « Karma » me dit Eran. Je ne sais pas, mais en tout cas, cela me fait bien plaisir de les revoir.


Tour nord des Annapurnas – Jour 7, 4h de marche

Manang (3540m) > Chorten (3850m) > Manang (3540m)


J’ai passé une nuit horrible. Mal de tête terrible, réveillé depuis 3h30 alors que je n’ai que ça à faire de la journée…

Le principe de la journée de repos n’est pas de rien branler mais de s’acclimater en faisant une petite grimpette d’une heure ou deux, puis de redescendre, pour que notre corps s’habitue à l’altitude, c’est à dire surtout à la raréfaction de l’oxygène (en terme médical on dit hypoxie). « S’habituer à l’altitude » n’est pas juste faire en sortir de ne pas mourir d’un œdème pulmonaire, mais d’arriver à ce que cette hypoxie ne soit pas trop gênante pour progresser sur les 2000m de dénivelés qu’il reste à gravir dans les 3 jours qui suivent.

Selon son courage, et sa forme, on peut trouver rejoindre différents points de vue et lacs de montagne autour de Manang, par des randonnées de 30 minutes à 8h. Moyennement courageux, je jeté mon dévolu sur un point de vue à 3850m, qui donne sur le lac de verrou glaciaire du Gangapurna. Superbe. Je fait l’aller-retour en 2h.

Tour nord des Annapurnas - Manang
Tour nord des Annapurnas, Jour 7 – Manang (3540m), capitale de district

J’occupe le reste de la journée à flâner le long des étals de souvenirs tibétains, boire du thé au gingembre (il paraît que c’est bon pour fluidifier le sang), à tester les « pâtisseries » (faut pas déconner), à faire ma petite visite dans la « vieille ville »,  et à croiser plein de gens. Manang, capitale de disctrict, est une ville plus qu’un village. Les lodges ont tous été construits et regroupés à part, si bien que la ville en elle-même est intacte, non corrompue par l’affluence touristique. La « vieille ville » regroupe plusieurs centaines de maisons, toutes dans le plus pur style authentique tibétain, les drapeaux colorés et blancs ornent le toit des maisons. Les gens y vivent leur petite vie sans se soucier des trekkeurs de passage. Au détour d’une ruelle, on croise des enfants qui jouent, une femme qui lave son linge, une porte monumentale, un vestige de mur à prières, et une myriade de petits recoins uniques.

Tour nord des Annapurnas - Rue de Manang
Tour nord des Annapurnas, Jour 7 – Rue de Manang, sur son versant sud

Pour la première fois, je croise plusieurs français, et même un groupe UCPA, pas tellement sympa d’ailleurs.


Tour nord des Annapurnas – Jour 8, 3h30 de marche

Manang (3540m) > Gursang (3920m) > Yak Kharka (4060m)


Le sentier traverse la vieille ville pour ensuite quitter définitivement la vallée de la Marsyangdi et se rapprocher des montagnes. Fini les petits villages et les petites vallées verdoyantes. 2000m me sépare encore du col de Thorung La, mais déjà on sent que le climat a changé : les forêts de pins ont laissé place à une végétation rase arbustive et colorée, les yaks les vrais (les poilus) ont remplacés les dzos (mélange vache / yak), le sols est sec et poussiéreux.

Tour nord des Annapurnas - Mur de moulins à prières, Manang
Tour nord des Annapurnas, Jour 8 – Mur de moulins à prières, au dessus de Manang

L’ascension est raide jusqu’à Gursang (3920m), où l’on marque une pause. Une française s’est installée là, et accueille les trekkeurs tout au long de la haute saison, en servant sa spécialité locale : du jus d’arbousier. Ca a un goût d’abricot, plutôt bon donc.

En chemin je crois un groupe de sherpas transportant des troncs d’arbres (!), qui doivent peser facilement 60kg.

Tour nord des Annapurnas - Porteurs népalais
Tour nord des Annapurnas, Jour 8 – Porteurs népalais

J’arrive à Yak Kharka une heure et demi plus tard. Ce n’est même pas vraiment un village, juste quelques lodges posé là au milieu de nulle part, mais des lodges de très bonne facture cependant : récents, solides, et à peu près isolés.

Tour nord des Annapurnas - Vallée de la Thorung Khola, vers Ghursang (3950m)
Tour nord des Annapurnas, Jour 8 – Vallée de la Thorung Khola, vers Ghursang (3950m)
Tour nord des Annapurnas - Chaîne des Chulu (6500m) depuis Yak Kharka (4050m)
Tour nord des Annapurnas, Jour 8 – Chaîne des Chulu (6500m) depuis Yak Kharka (4050m)

Une soixante de trekkeurs sont rassemblés à Yak Karhka ce soir, en majorité des groupes, dont le groupe UCPA. En raison du froid, il est plutôt déconseillé de prendre une douche, mais courageux, je teste le « hot bucket » (oui ici, et pour la première fois du parcours, on paie son seau d’eau chaude). L’hotel Gangapurna, où je passe la nuit, propose un menu impressionnant pour un endroit pareil : burgers, steak de yaks, lasagnes, pizzas, café, et gâteau au chocolat. Ils font même leur pain burger eux-mêmes !  Dans la salle à manger règne, malgré la fatigue latente et le mal de tête léger, une super ambiance multiculturelle. Mes compagnons de route israéliens, devenus amis, m’accompagnent, et avec eux un couple malaisien, quelques britaniques, allemands et français, avec qui nous passons de bons moments.

Le soleil embrase la chaîne des Annapurnas sous le ciel rougeoyant du crépuscule. Un vent léger me glace les os, mais le spectacle est au delà de l’imagination.

Tour nord des Annapurnas - Annapurna III Gangapurna depuis Yak Kharka
Tour nord des Annapurnas, Jour 8 – Annapurna III (7555m) et Gangapurna (7454m) depuis Yak Kharka (4050m)

Tour nord des Annapurnas – Jour 9, 3h15 de marche

Yak Kharka (4060m) > Thorung Phedi (4540m)


Thorung Phedi, ou Thorung La Base Camp, est l’avant-dernier point de ravitaillement avant le passage du col, environ 1000m plus haut. Personnellement, et c’est un choix personnel je le revendique, j’ai préféré profiter d’une étape courte, et garder le plus dur pour demain (1000m de dénivelé positif puis 1800 négatif), plutôt que de fournir l’effort aujourd’hui. Encore une fois, chacun fait ce qu’il veut et prend les risque qu’il veut. Si je ne suis pas monté plus haut, c’est bien pour respecter les 500m max de progression en altitude par jour. Pas envie de me retrouver avec un mal de tête insupportable, ou pire, demain matin. Le « High Camp » est à 4950m, mais partir si haut sans être acclimaté est un risque que je n’ai pas choisi de prendre.

Petit nenfant népalais
Tour nord des Annapurnas, Jour 9 – Petit nenfant népalais

De Yak Kharka à THorung Phedi l’ascension est faible, mais reste éprouvante à cause de l’altitude. Les cours d’eau à l’ombre sont gelés, la température est sensiblement plus basse que les jours précédents.

J’arrive au camp vers 11h, après quelques arrêts prolongés. Le camp est en plein soleil, et certains bronze en t-shirt. Oui mais non. Après quelques heures, les maux de têtes commencent à s’intensifier. Les gens errent comme des zombies à travers le camp. Quelques courageux tentent l’ascension au High Camp, puis redescendent, pour faciliter l’acclimatation, mais j’ai la flemme de faire cet effort. Du coup, je reste au camp, où je ne fais que boire du thé de toute la journée, et à jouer aux cartes avec mes compagnons de route de la veille. La grande question est : à quelle heure partir demain, sachant qu’il est préférable de passer le col avant 9h, après le ciel se charge et le risque de se retrouver dans les nuages, voire pire, s’accroît rapidement. Les guides disent 4h. OK, je suis. Etant en solo, je n’ai pas envie de me retrouver perdu au milieu de la montagne et le dernier à franchir le col…

Tour nord des Annapurnas - Sentier vers Thorung Phedi. Purbung Himal
Tour nord des Annapurnas, Jour 9 – Sentier vers Thorung Phedi (4450m). A droite, Purbung Himal (6555m)

Cette nuit, et pour la première fois, je partage ma chambre avec un colocataire. Il est belge, cela me donne l’occasion de parler un peu français, et ce n’est pas plus mal. Avec l’altitude, les capacités cérébrales diminuent, et j’ai de plus en plus de mal à trouver mes mots anglais. Je me couche tôt, la nuit sera courte…


Tour nord des Annapurnas – Jour 10, 9h de marche

Thorung Phedi (4540m) > High Camp (4950m) > Thorung La (5416m) > Muktinath (3800m)


The Big Day. Levé 3h30, Parti 4h. Il fait nuit et très froid (-15°C). Je porte tout ce que j’ai sur moi, haut et bas thermique, polaire, doudoune, gore tex, gants, bonnets, buff polaire. Ca tient.

L’ascension jusqu’au High Camp se fait à la frontale. Brutale. Raide, mais pas seulement. L’altitude, le froid (je suis asthmatique, ce qui n’arrange rien) et le satané sac de toujours 17kg font de ce passage une pénitence. Impossible de respirer, je m’arrête tous les 100 pas. Que je compte…

Sur le chemin, tous les 200m un muletier est là à attendre le moindre signe de faiblesse du trekkeur. Franchir le col à cheval, c’est 250€. Donc, tu ne faiblis pas, tu résistes.

J’atteins le High Camp vers 5h30. Il y a plein de gens, et plein de chevaux. La plupart des groupes sont devant, mais la plupart de mes compagnons des derniers jours sont derrières. Tal & Eran, mes amis israëliens, font une pause prolongée. Tal est en hypothermie. je ne sais pas si elle peut continuer, en tout cas pour l’instant elle se réchauffe. C’est l’aurore, il commence à faire nettement moins froid. Il reste 500m de dénivelé à parcourir. C’est à dire rien. Je continue.

Nous sommes déjà plus haut que le somment du Mont Blanc. A cette altitude là, il n’y a plus de végétation, mais pas encore de neige. Que de la roche, des moraines glaciaires qui font comme des vagues que l’on traverse les unes après les autres à travers un océan minéral.

L’ascension est interminable. Je suis asphyxié. A chaque moraine franchit, on pressent que c’est la dernière mais non. 12 faux cols, et pas encore le bon…

Enfin, après 3h30 d’ascension j’atteins le col de Thorung La. C’est beaucoup. Mais bon, le sac est lourd, et à cette altitude il pèse vraiment lourd.

Et enfin Thorung La. 5416m.

Tour nord des Annapurnas - Passage du col de Thorung La (5416m)
Tour nord des Annapurnas, Jour 10 – Passage du col de Thorung La (5416m)

Le col est marqué par des milliers de drapeaux de prières et une jolie dalle te félicitant toi trekkeur, d’être arriver à franchir ce col ultime. Bien.

Soulagé d’être arrivé, je m’arrête pour souffler un peu, faire mon petit selfie, prendre en photos les 2-3 pèlerins qui sont là en même temps que moi et profiter du paysage. Les sommets a proximité ne dépassent pas 6000m, et font comme deux mini glaciers, absolument pas menaçant.

Tour nord des Annapurnas - Glacier du Thorung Peak depuis le col de Thorung La
Tour nord des Annapurnas, Jour 10 – Glacier du Thorung Peak (6201m) depuis le col de Thorung La (5416m)

Reste donc plus qu’à descendre. Sauf que je n’ai toujours rien mangé depuis ce matin, si ce n’est quelques barres céréales. Clairement pas assez. Après quelques mètres, je sens mes jambes flageoler, je suis le chemin en titubant, pas bon signe… Je continue, ne sachant pas vraiment si c’est un effet de l’altitude ou de l’hypoglycémie. Impossible de continuer dans cet état, je m’arrête un moment. Il n’y pas grand monde derrière moi, et j’avoue que je n’ai pas croisé plus de 20 personnes depuis le High Camp. Pas hyper rassurant donc.

Je mange quelques barres supplémentaires, bois un coup et repars. Ca va mieux.

Deux heures et 1200m plus bas, j’arrive aux Tea-houses de Chabarbu. Il est midi. Cela fait donc seulement 8h que je marche. Suis rincé. Je retrouve ici la plupart de mes compagnons de route du matin, le cœur léger et l’estomac plein d’un gros plat de pâtes aux légumes, satisfaits d’avoir accompli un effort surhumain.

La descente sur Muktinath est somptueuse. Devant nous s’ouvrent le portes de la vallée du Mustang, terres arides et désolées, royaume interdit il n’y a pas si longtemps qui conserve encore aujourdh’ui un héritage et un mode de vie ancestral.

Je longe le temple, la visite sera pour demain, et pose mon sac à l’hôtel Bob Marley, doté d’une agréable terrasse, parfait pour terminer un après midi chill-out.

Alors que je tente de retrouver mes compagnons éparpillés un peu partout dans la ville, je tombe par hasard sur mon couple d’Israëliens que j’avais laissé au High Camp. Ils sont passés ! Puis nous retrouvons les anglaises de Chamje, les polonais, et quelques autres que nous suivons depuis quelques jours. Tout le monde se réjouis d’être arriver là, en ayant franchit l’ultime effort de cette incroyable aventure !


Tour nord des Annapurnas – Jour 11, 2h30 de marche

Muktinath (3800m) > Jharkot > Kagbeni (2900m)


Après la grosse journée d’hier, je m’octroie une petite matinée de visite. Le village de Muktinath est un haut lieu de pèlerinage, connu depuis des millénaires, pour son temple déjà sacré du temps des böns, puis qui a perduré lorsque la région est devenue bouddhiste, puis enfin hindoue. L’enceinte du temple abrite un ensemble de petits temples hindous et de monastères bouddhistes, où les deux religions cohabitent dans un espace assez hétérogène mais toutefois harmonieux et propice à la méditation. On accède au temple via un chemin ombragé, bordé de drapeaux tibétains colorés, de murs à moulins de prières  et de cloches hindoues. L’eau sacrée du temple est déversée dans 108 fontaines rituelles, et attire nombre de pèlerins hindous de la vallée.

Tour nord des Annapurnas - Monastère de Muktinath
Tour nord des Annapurnas, Jour 11 – Jeune moine bouddhiste devant un four solaire, Monastère de Muktinath

Le village de Muktinath en soi n’a que peu d’intérêt.

Je descends donc jusqu’au village de Jarkhot, en longeant la route, village fortifié de murs en terre au donjon en terre assez imposant. Je continue ensuite ma route jusqu’à Kagbeni, point d’entrée vers la vallée interdite du Haut Mustang. Le vent est fort, il me faut presque avancer de biais pour avancer. La vallée du Mustang est totalement désertique. Quelques arbustes survivent ici, alors que de l’autre côté du col, on se trouvait dans les forêts de pins à cette altitude. Quelques arbustes, des roches et de la poussières.

Tour nord des Annapurnas - Village fortifié de Jharkot
Tour nord des Annapurnas, Jour 11 – Village fortifié de Jharkot (3550m)

La vie à Kagbeni semble plus dure que dans la vallée de la Marsyangdi, de l’autre côté du col. Les gens semblent plus démunis, plus austères. Les lodges sont construits à l’extérieur de l’enceinte du village, comme à Manang. Dans la ville délabrée, on trouve cependant un café tout ce qu’il y a de plus occidental, et un Yac Donald, en face d’un imposant mur de moulins à prières. Le monastère abrite quelques jeunes moines.

Tour nord des Annapurnas - Vallée du Mustang et village de Jharkot
Tour nord des Annapurnas, Jour 11 – Vallée du Mustang et village de Jharkot
Dhaulagiri (8167m) à gauche et Tukuche Peak (6920m), depuis le monastère de Muktinath (3780m)

Tour nord des Annapurnas – Jour 12, 5h30 de marche

Kagbeni (2900m) > Jomsom (2800m) > Marpha (2670m)


Je continue ma descente dans la vallée de la Gandaki, dans les pas des premiers alpinistes ayant gravi l’Annapurna en 1950, Maurice Herzog et son équipe. A l’époque, il n’y avait que de paisibles bourgades tibétaines, isolées et délabrées. Aujourd’hui, les villages sont toujours délabrés, mais les bus remontent jusqu’à Jomsom, et les 4×4 jusqu’à Muktinath. On peut désormais rejoindre Pokhara depuis Jomsom en avion, si on est pressé et que l’on dispose d’environ 130€.

Le sentier suit le fond de la large vallée. Devant moi les Nilgiris forment une comme une immense barrière abrupte de 5000m au dessus de la vallée.

Tour nord des Annapurnas - Vallée de Kali Gandaki, depuis Kagbeni (2800m) et vue sur les Nilgiri (7061m)
Tour nord des Annapurnas, Jour 12 – allée de Kali Gandaki, depuis Kagbeni (2800m) et vue sur les Nilgiri (7061m)
Vallée du Mustang et village de Jharkot

Traverser Jomsom est long et ennuyeux. Son principal intérêt est de disposer d’un distributeur (!), et de quelques hôtel sympathiques. Les jeeps amènent les touristes pressés par grappes.

Je laisse ici mes compagnons israëliens, qui choisissent de prendre le prochain avion. Je continue avec leur porteur (mais toujours en portant mon sac) jusqu’à Marpha, puis Ghasa, où nous prendrons un bus.

Nous continuons notre chemin jusqu’à Marpha, charmant village tibétain, dont la spécialité locale est la pomme. La pomme, sous toutes ses formes : brandy (infame), apple pie / crumble (excellents), séchées (bofs). Contrairement aux village des hautes vallées, Marpha est particulièrement bien conservé, à tel point qu’on se demande s’il n’aurait pas bénéficié d’un soin particulier : les maisons ont été blanchies à la chaux et les boiseries vernies, les rues sont propres et bien entretenues. L’imposant monastère bouddhiste vaut qu’on s’y arrête. Les lodges sont tous intégrés dans le village, et ne dénaturent pas son architecture.

Toits du village de Marpha (2670m)
Tour nord des Annapurnas - Pommes en train de sécher au soleil, Marpha
Tour nord des Annapurnas, Jour 12 – Pommes en train de sécher au soleil, Marpha

Le soir, je retrouve un compère allemand, qui comme moi, effectuait ce trek seul et sans porteur.


Tour nord des Annapurnas – Jour 13, 4h de marche, 11h de bus

Marpha (2670m) > Ghasa > Beni > Pokhara (480m)


Nous partons de Marpha vers 7h, de sorte d’arriver à Ghasa avant midi.

A Ghasa, tous les bus sont plein. Après 1h30 d’attente, le  5e bus sera le bon. Et là, encore du dépaysement. Le bus local népalais, il est local. L’espace entre les siège est si petit que mes jambes ne rentrent pas, et pourtant je ne suis pas grand. Les gens sont debout, les sacs de voyage sur le toit, les chèvres à l’intérieur, la musique indienne à fond, bref le pied.

Beni marque le retour à la civilisation et la fin du tour nord des Annapurnas. Plus de petits villages tibétains avec leur charme authentique, les petits enfants jouant dans les rues, les chèvres et la vaches allongées paisiblement. Là, on est dans la poussière, le bruit et la crasse. On change de bus. NB : heureusement qu’il y a un petit porteur avec moi, parce que pour prendre ses billets, faut se battre. J’ai vu des tas de trekkeurs désemparés tenter une approche au guichet, ben ils s’en sont sortis mais pas tous.

Dernière section, Beni vers Pokhara. Route goudronnée. Bus tout aussi local, et tout aussi blindée. Je fais tout le voyage avec une vieille dame qui dort sur moi.

Tour nord des Annapurnas - Lac de Pokhara
Tour nord des Annapurnas, Jour 13 – Lac de Pokhara

Pour la première fois depuis le début du Tour nord des Annapurnas, il pleut vraiment. Une pluie forte, continue, comme une douche. Curieux, car à cette période là cela ne devrait pas se produire, la mousson est finie depuis un mois.

Le lendemain matin, arrivé à Pokhara, je reçois un message de mes proches, alarmiste : « Ca va, tu n’as rien ? On est inquiet ? » Bah oui, je vais bien. Que s’est-il passé ? J’ouvre un journal : blizzard sur le Thorung La, 20 morts et disparus.

Ce que j’ai pris pour une pluie était en fait une queue de cyclone indien qui n’aurait jamais du remonter si haut, mais qui, une fois franchi une première barrière  de montagne, s’est engouffré dans la vallée. En arrivant aux Annapurnas, elle s’est transformé en blizzard de neige. Le bilan final est de 116 morts et plus de 120 disparus, sur tout le secteur, mais dont la moitié sur le col de Thorung La. Les secours et les guides ont été totalement désemparés, devant une catastrophe d’une telle ampleur. A 3 jours près, j’étais à leur place, et je serai sans doute mort, ou les doigts gelés. Quelques jours plus tard, j’ai croisé une française qui était la haut au moment du drame. Ce qu’elle a raconté donne froid dans le dos. On oublie vite, lorsque les conditions sont clémentes, que la montagne est un endroit dangereux, où il faut toujours faire preuve de vigilance.

0 497