La Patagonie en Van

Traverser la Patagonie en van, on l’avait rêvé. La réalité fut bien au delà de notre imaginaire.

Un périple épique, commencé il y a pourtant à peine plus d’une semaine à Puerto Varas, en Patagonie chilienne. Jour après jour, nous avons éxploré la route australe jusqu’à son point le plus au sud, avant de rejoindre l’Argentine au poste frontière désolé de Paso Roballos.

Depuis 10 jours, nous avons traversé des paysages à couper le souffle, franchi des rivières tumultueuses, longé les lacs bleu turquoise et les fjords de l’Océan Pacifique, traversé des forêts humides et respiré la liberté.

Ce qui nous attend de l’autre côté de la Cordillère des Andes, nous n’en avons qu’une vague idée, mais le voyage a des chances d’être mythique.

Sommaire

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Parque Patagonia - Goberdanor Gregores

Van spot : camping de Gobernador

220 km de route – 170 km de piste

Au fur et à mesure que nous nous approchons de la frontière, le paysage évolue. La végétation devient plus rase, le sol rocailleux.

Après 24h de pluies diluviennes sur les pistes du Chili, le ciel semble enfin se découvrir, laissant les volutes de brumes accrochées aux cimes des montagnes andines.

Nous arrivons à Paso Roballos.

Battue par les vents, une cahute isolée sert de refuge à un garde frontière enjoué et débonnaire. Après seulement quelques minutes, il décore notre passeport de la marque des caballeros de Paso Roballo, un tampon unique, signe des explorateurs du monde entier.

De l’autre côté de la frontière, une piste, large et sinueuse. Il n’y a pas âme qui vive.

De hautes falaises colorées bordent la route, et au loin un grand lac turquoise, le Lago Cochrane. La piste cahoteuse semble n’en plus finir. Le van, d’apparence fragile, avale les kilomètres avec une lenteur effarante.

Enfin l’asphalte : la Ruta 40, la route mythique qui traverse l’argentine du nord au sud le long de la cordillère.

On jette un dernier coup d’œil derrière nous, les montagnes sont toujours sous les nuages. Devant, un ciel bleu limpide et un horizon sans fin. Et du vent.

Des rafales tellement puissantes qu’elle arracheraient la portière soufflent sur une steppe désertique. Le contraste avec la Patagonie chilienne est saisissant. Et pourtant, c’est bien l’image classique que l’on se fait de la Patagonie.

Notre objectif de soir, El Chalten, est encore trop loin. Sur la route, il y a une petite ville, Goberdanor Gregores.

Pas même mentionnée dans les guides. Une ville de western, perdue au milieu de rien.

Et sur l’avenue centrale balayée par les vents, une station essence et un minuscule camping municipal. L’essentiel

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Goberdanor Gregores - El Chalten

Van spot : camping El Relincho

222 km de route – 70 km de piste

La ruta 40 a beau être mythique elle n’en est pas moins, sur cette portion, désespérément monotone.

Aucune végétation, aucun relief, aucun nuage ne vient perturber la naturelle discipline de la région. A part quelques groupes de guacanos peinant à franchir les grillages infinis des estancias, et plus rarement un tatou velu, terrorisé par le vrombissement du van.

La route bifurque vers El Chalten. Au loin, droit devant nous, des pics acérés dessinent un horizon déchiqueté. Partiellement caché par de gros nuages sombres et menaçant surgit la chaîne du Fitz Roy.

Aux pieds des montagnes, le légendaire village de Patagonie : El Chalten.

Entre les auberges de jeunesses, les laveries, les mini-market et les cafés, c’est une foule de touristes qui déambulent en doudounes fluos, fournissant à El Chalten une impression de station de ski à l’occidentale. 

Et pour cause, ceux qui sont arrivés jusqu’ici partagent le même objectif : atteindre les lacs d’altitude du Fitz Roy et du Cerro Torre dont les sommets sont réservés à l’élite de la grimpe.

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El Chalten - El Calafate

Van spot : camping Lago Roca

212 km de route

Après 3 jours de pluis continue, nous n’avons pas le choix : il faut partir. Le van est loué pour une durée fixe, et on ne peut pas se permettre de rester là à ne rien faire.

Nous quittons El Chalten forcément déçu. Mais c’est un aléa qu’il faut accepter avec sérénité : on n’y peut rien. Et cela nous donne une raison supplémentaire pour revenir en Patagonie.

Nous tournons le dos aux montagnes, avec déjà en ligne de mire l’étape suivante : El Calafate et le glacier Perito Moreno.

La ruta 40 a totalement été refaite sur cette partie, et il nous faut peu de temps pour rejoindre El Calafate.

Plus grand qu’El Chalten, il règne à El Calafate une atmosphère véritablement australe. Sans doute que les bars de glace et les photos omniprésentes du glacier qui ornent les agences et les commerces en bois peints influent sur notre inconscient. L’artère principale d’El Calafate est agréable, à défaut d’être jolie.

On s’éloigne de la ville pour trouver une spot agréable pour la nuit. Nous continuons donc notre route pour rejoindre la rive méridionale du Lago Roca par la route 15, une piste qui nous amène dans le Parque Nacional Los Glaciares, avec pour panorama au loin, le Perito Moreno et les glaciers du Campo de Hielo.

Tout au bout de la route, nous posons le van dans une aire de camping aménagé, mais où nous sommes les uniques visiteurs.

Très vite, nous prenons conscience que nous sommes ici des intrus : lièvres, putois, renards, caracaras et tout un écosystème évolue ici sans la moindre inquiétude et ne sont pas du tout gêné par notre arrivée.  Cet environnement leur appartient.

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Glacier Perito Moreno

Van spot : Campement Huala, Lago Roca

80 km de route – 60 km de piste

Nous rejoignons la route principale en direction du glacier, non sans verser une substantielle rétribution au Parque Nacional Los Glaciares au passage (22€ par tête).

Au loin déjà, le glacier Perito Moreno apparaît immense et fantastique. De près, c’est un mur de glace de plus de 50 mètres qui nous fait face, surgissant au travers de la forêt. Un glacier énorme, d’une pureté infinie, dont les traces bleutées témoignent de son histoire.

Et un glacier qui vit.

Il ne se passe pas cinq minutes sans qu’un bloc de glace ne se détache dans un grondement sourd et plonge dans le lac gelé, se brisant en mille petits icebergs. Sur la passerelle, le glacier semble tellement proche qu’on a envie de toucher cette glace qui nous fascine.

Au mirador, la contemplation de l’immense glacier qui se perd au loin dans les étendues glacées du Campo de Hielo, donne le vertige.

Un peu sonné par ce spectacle incroyable, nous rejoignons la vie sauvage du Lago Roca, en choisissant, cette fois, un vrai espace nature au bord du lac.

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El Calafate - Puerto Natales

Van spot : Camping Josmar, Puerto Natales

170 km de route – 100 km de piste

Nous reprenons notre route vers le Sud, en direction de Puerto Natales, sur la Ruta 40.

Ruta 40 qui, une fois de plus, n’est pas asphaltée partout (c’est ça l’aventure !), et nous fait prendre un « raccourci » de terre et de gravillons.

Nouveau passage de frontière au Paso Dorotea pour rejoindre le Chili, qui nous a amputé d’une tomate et d’un citron (damned, ils l’ont trouvé), puis direction Puerto Natales par la Ruta 9, la Ruta « del fin del mundo », décidément.

Le passage au Chili marque un retour à un environnement verdoyant et arboré. La route longe la mer d’un bleu limpide.

Puerto Natales est un petit village de petites maisons colorées, faites de bois et de tôles. Point de départ du Torres Del Paine, la petite bourgade est évidemment bondée de voyageurs de tout horizon. Point de grandes artères ou de hauts buildings délabrés ici, les rues possèdent toutes le même charme austral, ornées de l’emblème local, le milodon.

Le retour à la civilisation nous confronte à la difficulté de trouver un endroit où poser le van. Après quelques recherches, nous atterrissons dans le site camping d’une auberge de jeunesse.

Dernier jour et dernière ligne droite vers la fin du continent américain pour atteindre Punta Arenas.

On rend les clés du van, l’air heureux mais triste, heureux de cette fabuleuse aventure sur les routes australes, triste parce que cette séparation marque la fin de cette aventure.

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La Patagonie en van - Ce qu'on a aimé

Slow travel

Traverser la Patagonie chilienne en van offre une liberté d’action qu’aucun autre moyen de transport ne permet. De passer les nuits où l’on a envie, au milieu de la forêt, ou au bord d’un fjord, de s’arrêter pour profiter du paysage, d’avancer à son rythme et de prendre son temps.

En Argentine, la Ruta 40 est en revanche plus monotone, et les il n’est guère possible de sortir des sentiers battus. Le territoire immense est presque entièrement privé, réparti entre des propriétaires d’estancia.

Rodéo patagonien

A Villa Mañiguales, le spectacle de rodéo patagonien auquel nous avons assisté était complètement par hasard. Une de ces rencontres imprévues qui te plonge immédiatement hors de ton univers.

C’était un vrai spectacle, qui rassemblait une centaine de cavaliers en tenue, une compétition vraiment sérieuse. Authentique.

La traversée de la Patagonie sur la route australe est à lire ici.

Hospitalité

Quel que soit le moment où nous avons débarqué, du nord au sud de la Patagonie, Chili ou Argentine, nous avons été reçu comme on reçoit de la famille. 

Malgré notre espagnol plus que limité et notre façon d’arriver n’importe quand, l’accueil que l’on a reçu dans les campings, restaurants, refuges, station-services ou échoppes, à toujours été d’un gentillesse incroyable.

La Patagonie en van - Ce qu'on aurait pu faire mieux

Budget

Le van nous a coûté à environ 110€ par jour. Pour tenter de limiter les dépenses, il a fallu faires quelques sacrifices, comme s’arrêter dans un camping et prendre une douche 1 jour sur 3, limiter les restos au minimum, et se cantonner à des randos et balades de quelques heures seulement (pas de trek).

Ce road-trip s’inscrivait dans un voyage de plusieurs mois en Amérique latine. Si nous devions refaire ce voyage, limité cette fois à la Patagonie, nous nous y prendrions autrement.

El Chalten

Je ne sais pas ce qu’il nous a le plus déçu à El CHalten. La météo où l’absence totale d’authenticité. Le contraste avec la Patagonie chilienne est saisissant.

Randonnées

La Patagonie en van - Location et conseils pratiques