Carnet de trek Annapurna

Carnet de trek Annapurna.

Je suis parti en voyage au Népal le 26 septembre 2014, avec seulement un billet d’avion et 2 nuits de réservées à Katmandou. Je m’étais préparé pour réaliser  deux circuits de trekking du Népal sans guide ni porteur. Une aventure qui me semblait jouable étant donné que l’on trouvait des petites auberges un peu partout, que j’avais pris des cartes, et que la pleine saison touristique démarrait.

Sur le papier en tout cas, donc était simple. Première étape de ce voyage, 10 jours de trekking sur le tour des Annapurnas, pour tester mes capacités d’acclimatation à la haute altitude, afin de pouvoir enchaîner le trek suivant, les 3 cols du Khumbu, au pied de l’Everest, en étant préparé et acclimaté.

Voici donc le récit de cette aventure…

Jour 0

de Katmandou à Besi Sahar

A peine arrivé au Népal, je rencontre un problème que je n’avais pas du tout anticipé. Comment rejoindre Besi Sahar, point de départ du trek en plein Dashain, la plus grande et la plus longue fête hindou au Népal ?

Evidemment, tous les bus sont pris d’assaut, et il aurait fallu s’y prendre au moins une semaine à l’avance, ou négocier comme un damné à la gare routière de Ratna Park de Katmandou, trouver le bon guichet, crier pour acheter son billet contre des dizaines de népalais entassés et comprendre le baragouinage du type.

Donc j’ai réservé un taxi, comme un riche occidental.

Bien que Besi Sahar soit à 150km de Katmandou, à peine, il nous a fallu pas moins de 10h pour l’atteindre. Si si, 10h.

10h de virages ininterrompus, 10h à tromper la mort à chaque doublement irresponsable, sans raison ni visibilité, 10h à tousser à cause de tout ce dioxyde de carbone que l’on avale sans cesse… Un voyage dans le voyage.

Les poumons noircis, j’arrive donc à Besi Sahar. Une ville moche comme on en a traversé plein. Quelques hôtels, des boutiques d’alimentation, des poulets, des garages, des dépôts de je ne sais quoi, des chantiers de construction, des chèvres, des 2 roues, bref un village népalais classique de la vallée.

Je pose mon sac à l’ « Hotel » Gangapurna. Chambre avec 2 lits, salle de bain privative, toilettes a l’européenne, le grand luxe.

Pas d’eau chaude, un matelas épais de 3cm sur des planches en bois (c’est bon pour les abdos), un robinet qui fuit et bien sur juste en face, un type qui pousse sa musique à fond. Un lodge correct donc. Pas de vue sur les Annapurnas, du moins pas encore.

Une première journée pour se mettre dans le bain.

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Carnet de trek Annapurna - Jour 1

Besi Sahar (760m) à Bahundanda (1310m)

La première partie du circuit, Besi Sahar – Ngadi est tout à fait sans intérêt. L’itinéraire du trek suit une piste carrossable, et surtout une série de chantiers destinés à la réalisation d’un tunnel et d’une centrale hydroélectrique (chinoise). Bien pour la vallée, moins bien pour la randonnée.

Après Ngadi, le sentier devient plus étroit et commence à grimper. Il fait une chaleur terrible, mais de gros nuages noirs commencent à se rapprocher. On traverse de petits hameaux dans les rizières en terrasses. Ravissant.

trek annapurna
Trek Annapurna - Rizières, Bahundanda (1310m)

L’approche de Bahundanda est magique : vue a 360° sur les rizières et les pans vertigineux de la vallée encaissée.

En chemin, je croise quelques népalais qui m’adresse naturellement la parole. Pas tout à fait un échange authentique. Voici un exemple de dialogue :

« Namaste ! Where are you going ? »
« I’m going to [prochain village] »
« Oh I have a restaurant in [prochain village]. Very good food ! Come come ! »
« Ok why not »
« You can stay here. My brother have very good hotel. Very good facilities, hot water ! »
« Thanks but I’m going to the [village d’après]. »
« Oh ! Very far ! It’s about 3 hours ! » (En réalité 1h)
« I know i know, but i will try to reach it »

Avec les  enfants, on échange un « Namaste ! Sweeeeet ! » Fort les gamins. Dommage, je ne me balade pas en montagne les poches pleines de bonbons.

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J’arrive à Bahundanda (1310m). Visiblement seul. Ou le premier. il est 13h. Les nuages devenant vraiment menaçants, je décide alors de m’arrêter manger dans un gourbi sur la place du village.

Tous les marcheurs que je croise ensuite arrivent sous la pluie mais ne s’arrêtent pas : trois espagnols (sans guide), deux groupes de hollandais (avec guide), deux anglaises avec un porteur, trois polonais, un groupe d’allemands et un beau groupe d’espagnols avec guide et porteurs. Je reverrais beaucoup de ces marcheurs au fur et à mesure de mes étapes, mais à ce stade je ne le sais pas encore. Néanmoins, j’observe et je mémorise les visages. On ne sait jamais.

Le prochain village est encore à 1h30 de marche, et franchement, commencer ce trek des Annapurnas en marchant sous la pluie ne m’enchante guère. Pas mon approche.

  1. J’ai le temps
  2. J’ai horreur de marcher sous la pluie. Si je peux, j’évite
  3. Mon appareil photo ne supporte pas la pluie et la vue depuis Bahundanda mérite qu’on y prête un peu d’attention.

Trek Annapurna
Trek Annapurna - Vallée de la Marsyangdi depuis Bahundanda (1310m)

La pluie ne s’arrêtant pas de la journée, je prend donc l’initiative de passer la nuit ici. Je suis tout seul dans mon petit lodge, avec la fille qui fait la petite main, service, accueil, ménage,… Sympa, elle parle un anglais correct, fait ses études à Katmandou, m’explique qu’elle ne revient à Bahundanda que lors de la pleine saison, pour filer un coup de main à sa famille.

Le soir tombé, la pluie s’est arrêtée. Les rues ne sont éclairées que par les ampoules de quelques maisons encore ouvertes, mais le village est toujours aussi animé : les enfants jouent dans la rue, les vieillards discutent et écoutent de la musique. C’est grisant de se retrouver là, dans l’atmosphère de ce petit village avec les gens accueillants à la vie simple.

D’un coup, l’obscurité totale. L’électricité se coupe, comme tous les jours depuis le départ de ce voyage. Pour une durée inconnue.

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Carnet de trek Annapurna - Jour 2

Bahundanda (1310m) à Chamje (1410m)

Je quitte Bahundanda sous un ciel bleu limpide, le temps de prendre un petit déjeuner chapati-confiture / thé citron (sans risque).

Il est 8h. Pas vraiment le petit matin.

Le sentier traverse des paysages de rizières en terrasse et des petits hameaux ruraux ornés de drapeaux blancs et de petits chortens, symboles de leur héritage tibétain.

Il redescend jusqu’à Syange pour retrouver la route carrossable. Je passe vite cette partie sans intérêt.

Pause déjeuner à l’Hôtel Mont Blanc de Jagat, avec du wifi (!), puis je quitte la route (enfin), pour suivre un sentier abrupt qui me conduira jusqu’à Chamje.

Les paysages ont évolués. Les rizières en terrasses ont laissé la place à des gorges encaissées, qu’effleurent de chaque côté des chutes d’eau vertigineuses. Le village de Jagat est encadré par des gigantesques falaises, tellement hautes qu’il en semble presque écrasé. La végétation n’est pas encore alpine, mais elle n’est déjà plus tropicale. On approche de 1400m.

Chamje est situé sur la route principale. Ce village n’est pas dans les arrêts classique du tour des Annapurnas, mais j’y retrouve une trentaine de compagnons de trekking (c’est finalement assez peu).

L’ambiance est sympa, de nouvelles amitiés sont en train de naître.

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Carnet de trek Annapurna - Jour 3

Chamje (1410m) à Danaque (2200m)

Petit déjeuner à 7h (toujours chapati-confiture / thé), pour un départ à 8h. Tranquille.

Pour rejoindre le village de Tal, on emprunte une suite de petites marches, le long de la falaise.

Le village en lui-même abrite quasi exclusivement des lodges, plutôt colorés et de bonne facture. Situé sur une large terrasse alluviale le long de la rivière Marsyangdi, Tal est entouré de falaises vertigineuses, d’où s’écoulent une myriade de chutes d’eau. Une large porte ornés de moulins à prières marque l’entrée du village.

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Après avoir franchi une nouvelle fois la rivière par un pont suspendu, le chemin ne quitte plus la route jusqu’à Danaque, la fin de l’étape du jour. Je retrouve sur la route le couple d’israëlien (accompagné d’un porteur / guide) et les compagnons de Bahudanda. Toujours pas d’Annapurnas en vue ou de quelque montagne enneigée à l’horizon.

Nous sommes à 2200m, et je ne ressens pas encore les effets de l’altitude. A partir de maintenant, je construit mon itinéraire pour ne progresser en dénivelé que de 500m par jour, ce qui laissera à l’organisme le temps de s’acclimater.

Pour changer du Dal Bhat déjà routinier, je teste les momos, une sorte de dim sun chinois, farcis de légumes et cuit à la vapeur.

Le soir, je remarque que peu d’entre nous lavent leur linge, habitude héritée du trek du GR20. Mais comment font les autres ?

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Carnet de trek Annapurna - Jour 4

Danaque (2200m) à Chame (2710m)

Une nuit paisible, mais un réveil difficile. Sommeil léger, premiers effets de l’altitude. Je prends le départ avec mes compagnons de randonnée israëliens.

Très tôt, le sentier quitte la route pour se glisser, par une suite de petites marches, dans une agréable forêt de pins. Après une difficile ascension, on atteint Timang, village perché sur un éperon rocheux, laissant découvrir un panorama dégagé.

Et là, surgissant des nuages, un titan. Un sommet blanc étincelant, de roche et de neige, deux fois plus haut que toutes les montagnes qui m’entourent : le Manaslu (8163m).

La simple vue de cette montagne immense, colossale, se dessinant par delà les nuages renvoie une émotion intense, que je ne saurai décrire avec des mots. Le moment est magique, à couper le souffle, magnifique. Je reste en extase quelques instants.

Et juste sur ce petit replat, est installé un mignon petit cottage, qui profite de ce panorama extraordinaire. Encore étourdi de la beauté de ces paysages, je reprend ma route qui continue de grimper jusqu’au village tibétain de Tanchok en suivant un large sentier de pierre.

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Une heure plus tard, j’arrive à Chame. Je m’attendais à ce que tous mes compagnons de route s’arrêtent ici, mais, étant donné le nombre impressionnant de lodges, j’avais assez peu d’espoir de tous les revoir.

Eh bien ce fut plutôt facile de les retrouver. D’une part parce que Chame n’est traversé que par une unique route et les lodges ne sont installés qu’en partie amont de cette route, proche de la rivière. Ensuite parce que les spots de Chame sont des must-have :

  1. le temple, au centre de la ville,
  2. le point de vue sur le Manaslu,
  3. la source chaude de l’autre côté de la rivière.

C’est aussi aujourd’hui le dernier jour de la célébration de Dashain, la plus longue des fêtes hindoues du Népal.

Si l’on ne retrouve pas en montagne ces sortes de grandes balançoires bricolées dans les vallées, les gens la célèbrent en s’apposant sur front des grains de riz agglutinés avec de l’épice tika (cette épice rouge que l’on retrouve dans les plats indiens). Partout les gens se rassemblent, jouent et s’enlacent, rient.

Le village déborde d’une joie de vivre particulièrement communicative.

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Carnet de trek Annapurna - Jour 5

Chame (2710m) à Pisang (3200m)

Je quitte Chame dans les drapeaux de prière tibétains avec mes compagnons de trek israëliens Tal et Eran. Derrière moi brille le sommet étincelant du Lamjung Himal (6995m), illuminé par un soleil éclatant. Le sentier traverse un une forêt de pins, puis s’ouvre sur un gigantesque cirque minéral qui, d’ici, semble parfaitement lisse.

Nous franchissons l’altitude de 3000m au niveau de Dhukur Pokhari, puis nous arrivons à Pisang environ une heure plus tard. L’étape du tour nord des Annapurnas d’aujourd’hui était, là encore, plutôt courte et facile. Parfaite pour laisser son sac et visiter les environs.

Pisang est divisé en 2 parties, une partie basse étendue le long de la route principale, dans la vallée, et dans lequel se trouve la plus grande partie des lodges, et une partie haute, à flanc de montagne, construit autour d’un monastère tibétain, abritant une vingtaine de moines bouddhistes. A 3300m, nous sommes toujours dans le creux de la vallée de Marsyangdi.

L’influence de la religion hindoue, prédominante jusqu’à Chame, est maintenant totalement effacée. Les villages que nous avons traversés depuis ce matin sont typiquement tibétains. Si Lower Pisang semble plus « moderne », envahit par des lodges colorés, Upper Pisang a conservé une âme de village tibétain authentique.

Moulins à prières décorés de bouddhas, manis et chortens marquent l’entrée du village. Bâties par d’épais murs de pierres, les maisons sont construites de manière identique pour résister au froid : au nord, aucune ouverture ni fenêtre n’est percée, au sud, elles s’ouvrent sur une large terrasse, sur laquelle est stocké le bois de chauffe.

Sur chaque maison flotte le drapeau blanc tibétain. Les gens ont également un faciès plus râblé que dans la vallée, peut-être en conséquence de la rudesse du climat montagnard.

En atteignant le monastère, la vue sur les Annapurnas est simplement fabuleuse. La chaîne forme une immense barrière de neige, qui ramène les sommets du premier plan, pourtant à plus de 5000m, à des collines…

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Je retrouve avec u mélange de joie et de soulagement une grande partie de mes compagnons de trek des premiers jours. De nouveaux venus enrichissent les échanges : un indonésien est venu faire ici une retraite méditative de 3 mois dans la grotte d’un poète tibétain (Milarepa), un australien fait de ce trek Annapurna la deuxième étape de son tour du monde,…

La nuit tombée, la température chute brutalement. Entassés dans la salle à manger, chacun raconte son périple du jour, ses anecdotes, ses impressions. On discute des différentes options et des différentes étapes des prochains jours. J’apprend à jouer au jeu du « Tiger & Goats » que j’avais vu à Chame.

On commence tous à ressentir des petits maux de tête, premiers effets de l’altitude. Mais la relative fatigue de la journée est effacée par le souvenir de ce panorama inoubliable sur les Annapurnas.

Le rêve imaginé au départ de ce trek Annapurna se dessine enfin. Les efforts consentis ne vont pas tarder à être récompensés. Les jours qui suivent promettent d’être vraiment intéressants…

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Carnet de trek Annapurna - Jour 6

Pisang (3200m) à Manang (3540m)

Je laisse derrière moi le chaleureux village de Pisang, éclairé par l’aurore. Le soleil rayonne par dessus le massif des Annapurnas II et III qui nous protège de son ombre gigantesque.

Le sac de 17kg et l’altitude font de l’ascension vers Ghyaru un calvaire. Je paie le pris des kilos pour gravir péniblement les 500m de dénivelé en une heure. En arrivant à Gharyu, je retrouve tous mes compagnons de route en train de faire leur petit selfie devant les Annapurnas.

Le lieu est merveilleusement photogénique : du drapeau tibétain qui vole, une panorama superbe, un ciel bleu limpide. Je me prête au jeu.

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Ghyaru, Ngawal et Braga sont d’authentiques villages tibétains. Ils abritent chacun un petit monastère et de longs murs de moulins à prières. Des villages d’apparence séculaires, comme ceux que l’on voit dans les livres.

Je fais le voyage jusqu’à Manang tout seul. Et alors que je n’ai croisé personne depuis 5h de marche, l’arrivée dans Manang donne l’impression de débarquer dans une station de sports d’hiver. Des marcheurs en doudounes flashy, des pâtisseries, des boutiques de souvenirs, un musée et même une salle de projection. Les premiers lodges que je croise sont tous pleins.

Je tente un plus loin, et fini par trouver un lodge correct (c’est à dire avec de l’eau chaude). A peine une heure après, Tal et Eran, mes compagnons de route israëliens depuis Chamje, posent leurs sacs au même endroit. « Karma » me dit Eran. Je ne sais pas, mais en tout cas, cela me fait bien plaisir de les revoir.

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Carnet de trek Annapurna - Jour 7

Acclimatation à Manang (3540m)

J’ai passé une nuit horrible. Mal de crâne terrible, réveillé à 3h30 alors que je n’ai que ça à faire de la journée…

Le principe de la journée de repos est de s’acclimater en faisant une petite grimpette d’une heure ou deux, puis de redescendre, pour que notre corps s’habitue à l’altitude, c’est à dire surtout à la raréfaction de l’oxygène (hypoxie).

« S’habituer à l’altitude« , c’est arriver à ce que cette hypoxie ne soit pas trop gênante pour progresser sur les 2000m de dénivelés supplémentaire durant les 3 prochaines jours.

Selon son courage et sa forme, on peut trouver rejoindre différents points de vue et lacs de montagne autour de Manang, par des randonnées de 30 minutes à 8h.

Moyennement courageux en moyennement en forme, je projète un point de vue à 3850m, qui donne sur le lac de verrou glaciaire du Gangapurna. Un bon compromis.

Je fait l’aller-retour en 2h. Pas certain que ce sera suffisant pour bien encaissé le dénivelé à venir…

 

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J’occupe le reste de la journée à flâner le long des étals de souvenirs tibétains, à boire du thé au gingembre (il paraît que c’est bon pour fluidifier le sang), à tester les « pâtisseries«  (faut pas déconner), à faire une petite visite dans la « vieille ville »,  et à croiser plein de gens.

Manang, capitale de disctrict, est une vraie ville. Les lodges ont tous été construits et regroupés à part, si bien que la ville en elle-même est intacte et a gardé un charme traditionnel. La « vieille ville » regroupe plusieurs centaines de maisons, toutes dans un style tibétain, les drapeaux colorés et blancs ornent le toit des maisons.

Les gens semblent y avoir une vie simple indifférent à l’affluence pourtant massive de marcheurs du circuit (apparence trompeuse d’une vérité plus dramatique, là aussi je l’apprendrai plus tard). Au détour d’une ruelle, je découvre des enfants qui rient, une femme qui lave son linge, une porte monumentale, un vestige de mur à prières, et une myriade de petits détails pittoresques.

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Carnet de trek Annapurna - Jour 8

Manang (3540m) à Yak Kharka (4060m)

Le sentier traverse la vieille ville pour ensuite quitter définitivement la vallée de la Marsyangdi et se rapprocher des montagnes. Fini les petits villages et les petites vallées verdoyantes.

2000m me sépare encore du col de Thorung La, mais déjà je sens que le climat a changé : les forêts de pins ont laissé place à une végétation rase et colorée, les yaks (les vrais et poilus) ont remplacés les dzos (mélange vache / yak), le sol est sec et poussiéreux.

L’ascension est raide jusqu’à Gursang (3920m), où je marque une pause. Une française s’y est installée. Elle accueille les trekkeurs pendant la haute saison en servant sa spécialité locale : du jus d’arbousier. Cela ressemble à un jus d’abricot.

En chemin je crois un groupe de sherpas transportant des troncs d’arbres (!), qui doivent peser facilement 60kg.

J’arrive à Yak Kharka une heure et demi plus tard. Ce n’est même pas vraiment un village, juste quelques lodges posés au milieu de nulle part, mais des lodges de très bonne facture cependant.

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Je compte plus de 60 marcheurs rassemblés à Yak Karhka ce soir, en majorité issu de groupes, un groupe UCPA.

En raison du froid, il est plutôt déconseillé de prendre une douche, mais pour l’expérience, je tente « hot bucket » (tu paies son seau d’eau chaude qui te sert se douche).

L’hotel Gangapurna, où je passe la nuit, propose un menu impressionnant pour un endroit pareil : burgers, steak de yaks, lasagnes, pizzas, café, et gâteau au chocolat. Ils font même leur pain burger eux-mêmes ! Respect.

Dans la salle à manger règne, malgré la fatigue latente et le mal de tête léger, une ambiance multiculturelle incroyable. Mes compagnons de route israéliens, avec lesquels nous sommes devenus amis, m’accompagnent, et avec eux un couple malaisien, quelques britanniques, allemands et français, avec qui nous passons de bons moments.

Au soir tombant, le soleil embrase la chaîne des Annapurnas sous le ciel rougeoyant du crépuscule. Un vent léger me glace les os, mais le spectacle dépasse mon l’imagination.

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Carnet de trek Annapurna - Jour 9

Yak Kharka (4060m) à Thorung Phedi (4540m)

Thorung Phedi, ou Thorung La Base Camp, est l’avant-dernier point de ravitaillement avant le passage du col, environ 1000m plus haut. Plus haut, il y a le High Camp. Plus rustique, plus loin, mais aussi beaucoup plus élevé (4950m) avec un risque de mal de l’altitude accru.

Je préfère ne pas faire le foufou, profiter d’une étape courte et garder le plus dur pour demain (1000m de dénivelé positif puis 1800 négatif), plutôt que de fournir l’effort aujourd’hui. Je ne prends pas le risque de me retrouver avec un mal de tête insupportable, ou pire, demain matin.

De Yak Kharka à Thorung Phedi l’ascension est faible, mais reste éprouvante à cause de l’altitude. Les cours d’eau à l’ombre sont gelés, la température commence sérieusement à baisser.

J’arrive au camp vers 11h, après quelques arrêts prolongés. Le camp est en plein soleil, avec une atmosphère détendue. Pour le moment.

Car après quelques heures, les maux de têtes commencent à s’intensifier. Les gens errent comme des zombies à travers le camp. Quelques courageux tentent l’ascension au High Camp, puis redescendent, pour faciliter l’acclimatation, mais je ne me sens pas de faire cet effort.

Je reste au camp, où je ne fais que boire du thé de toute la journée, et à jouer aux cartes avec mes compagnons de route de la veille. Le sujet de discussion principale est : à quelle heure partir demain ?

Sachant qu’il est préférable de passer le col avant 9h, pour éviter le risque de se retrouver dans les nuages et de se perdre dans le brouillard, voire pire.

4h me dit un guide. OK, je prends le conseil. Etant en solo, je n’ai pas envie de me retrouver perdu au milieu de la montagne ni le dernier à franchir le col…

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Cette nuit, et pour la première fois, je partage ma chambre. Il est belge, cela me donne l’occasion de parler un peu français, et ce n’est pas plus mal. Avec l’altitude, les capacités cérébrales diminuent et j’ai de plus en plus de mal à trouver mes mots anglais.

Je me couche tôt, la nuit sera courte…

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Carnet de trek Annapurna - Jour 10

Thorung Phedi (4540m) à Muktinath (3800m) via Thorung La (5416m)

Le Grand Jour.

Levé 3h30, Parti 4h. Il fait nuit et très froid (-15°C).

Je porte tout ce que j’ai sur moi, haut et bas thermique, polaire, doudoune, gore tex, gants, bonnets, buff polaire. Ca tient.

L’ascension jusqu’au High Camp se fait à la frontale. Brutal. Raide, mais pas seulement. L’altitude, le froid (je suis asthmatique, ce qui n’arrange rien) et le satané sac de toujours 17kg font de ce passage une pénitence. Impossible de respirer, je m’arrête tous les 100 pas. Je les compte…

Sur le chemin, tous les 200m un muletier est là à attendre le moindre signe de faiblesse. Le col à cheval, c’est 250€. A ce tarif, tu ne faiblis pas, tu résistes.

J’atteins le High Camp vers 5h30. Il y a plein de gens, et plein de chevaux. La plupart des groupes sont devant, mais la plupart de mes compagnons sont derrières. Tal & Eran, font une pause prolongée.

Tal est en hypothermie. Je ne sais pas si elle peut continuer, en tout cas pour l’instant elle se réchauffe. C’est l’aurore, il commence à faire nettement moins froid. Il reste 500m de dénivelé à parcourir. C’est à dire la moitié. Je continue.

Nous sommes déjà plus haut que le somment du Mont Blanc. A cette altitude là, il n’y a plus de végétation, mais pas encore de neige. Que de la roche, des moraines glaciaires qui font comme des vagues que l’on traverse les unes après les autres à travers un océan minéral.

L’ascension me semble interminable. Je suis asphyxié. A chaque moraine gravit, je pressens que c’est la dernière mais non. 12 faux cols, et pas encore le bon…

Enfin, après 3h30 d’ascension j’atteins le col de Thorung La. C’est beaucoup. Mais bon, le sac est lourd, et à cette altitude il pèse vraiment lourd.

 

Enfin Thorung La. 5416m.

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Le col est marqué par des milliers de drapeaux de prières et une jolie dalle te félicitant toi trekkeur, d’être arriver à franchir ce col ultime. Bien.

Soulagé d’être arrivé, je m’arrête pour souffler un peu, faire mon petit selfie, prendre en photos les 2-3 pèlerins qui sont là en même temps que moi et profiter du paysage.

Il ne reste donc plus qu’à descendre. Sauf que je n’ai toujours rien mangé depuis ce matin, si ce n’est quelques barres céréales. Clairement pas assez.

Après quelques mètres, je sens mes jambes flageoler, je suis le sentier en titubant. Pas bon signe… Je continue, ne sachant pas vraiment si c’est un effet de l’altitude ou de l’hypoglycémie.

Impossible de continuer dans cet état, je m’arrête un moment. Il n’y pas grand monde derrière moi, et j’avoue que je n’ai pas croisé plus de 20 personnes depuis le High Camp. Pas ce qu’il y a de plus rassurant.

Je mange quelques barres supplémentaires, je bois un coup et repars. Ca va mieux.

Après deux heures et 1200m de descente, j’arrive aux Tea-house de Chabarbu. Il est midi. Cela fait donc seulement 8h que je marche. Suis rincé. Je retrouve ici la plupart de mes compagnons de route du matin, le cœur léger et l’estomac plein d’un gros plat de pâtes aux légumes, satisfait d’avoir accompli un effort surhumain.

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La descente sur Muktinath est somptueuse. Devant moi s’ouvrent les portes de la vallée du Mustang, terres arides et désolées, royaume interdit il n’y a pas si longtemps qui conserve encore aujourd’hui un héritage et un mode de vie ancestral.

Je longe le temple, la visite sera pour demain, et pose mon sac à lHôtel Bob Marley, doté d’une agréable terrasse, parfait pour terminer un après midi à buller.

Alors que je tente de retrouver mes compagnons éparpillés un peu partout dans la ville, je tombe par hasard sur mes amis israëliens que j’avais laissé au High Camp. Ils sont passés !

Nous retrouvons ensemble tous les compagnons que nous suivons depuis plus d’une semaine. Un moment de partage intense, chacun encore tout excité d’avoir été au bout de cette incroyable aventure !

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Carnet de trek Annapurna - Jour 11

Muktinath (3800m) à Kagbeni (2900m)

Après la grosse journée d’hier, je m’octroie une petite matinée de visite sans sac.

Le village de Muktinath est un haut lieu de pèlerinage, connu depuis des millénaires, pour son temple déjà sacré du temps des böns, puis qu’il a perduré lorsque la région est devenue bouddhiste, puis enfin hindoue. L’enceinte du temple abrite un ensemble de petits temples hindous et de monastères bouddhistes, où les deux religions cohabitent dans un espace assez hétérogène mais toutefois harmonieux et propice à la méditation. On accède au temple via un chemin ombragé, bordé de drapeaux tibétains colorés, de murs à moulins de prières  et de cloches hindoues. L’eau sacrée du temple est déversée dans 108 fontaines rituelles, et attire nombre de pèlerins hindous de la vallée.

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Je poursuite ma descente jusqu’au village de Jarkhot, un village fortifié de murs en terre. Je continue ensuite ma route jusqu’à Kagbeni, point d’entrée vers la vallée interdite du Haut Mustang.

Le vent est fort, il me faut presque avancer de biais pour avancer. La vallée du Mustang est désertique. Il ne subsiste que quelques arbustes, des roches et de la poussière.

La vie à Kagbeni semble plus dure que dans la vallée de la Marsyangdi. Les gens semblent plus démunis, plus austères.

Dans la ville délabrée, on trouve cependant un café tout ce qu’il y a de plus occidental, et même un Yac Donald, en face d’un imposant mur de moulins à prières. Le monastère abrite quelques jeunes moines.

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Carnet de trek Annapurna - Jour 12

Kagbeni (2900m) à Marpha (2670m)

Je continue ma descente dans la vallée de la Gandaki, dans les pas des premiers alpinistes ayant gravi l’Annapurna en 1950, Maurice Herzog et son équipe.

A l’époque, il n’y avait que de paisibles bourgades tibétaines, isolées et délabrées. Aujourd’hui, les villages sont toujours délabrés, mais les bus remontent jusqu’à Jomsom, et les 4×4 jusqu’à Muktinath. On peut désormais rejoindre Pokhara depuis Jomsom en avion, pour environ 130€.

Le sentier suit le fond de la large vallée. Devant moi les Nilgiris forment une immense barrière abrupte de plus de 6000m au dessus de la vallée.

Traverser Jomsom est long et ennuyeux.

Son principal intérêt est de disposer d’un distributeur (!), et de quelques hôtel sympathiques. Les Jeeps y amènent les touristes pressés par grappes.

Je laisse ici mes compagnons de trek israëliens, qui choisissent de prendre le prochain avion. Je continue avec leur guide (mais toujours en portant mon sac).

Nous continuons notre chemin jusqu’à Marpha, charmant village tibétain, dont la spécialité locale est la pomme. La pomme, sous toutes ses formes : brandy (infame), apple pie / crumble (excellents), séchées (correcte).

Contrairement aux villages des hautes vallées, Marpha est particulièrement bien conservé, à tel point que c’est à se demander s’il n’aurait pas bénéficié d’un soin particulier : les maisons sont blanchies à la chaux et les boiseries vernies. Les rues sont propres et bien entretenues. Les lodges sont tous parfaitement intégrés dans le village, en parfaite harmonie.

Je monte jusqu’à l’imposanbt monastère bouddhiste qui mérite une visite.

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Carnet de trek Annapurna - Jour 13

Marpha (2670m) à Ghasa puis Pokhara

Nous partons de Marpha vers 7h, de sorte d’arriver à Ghasa avant midi.

A Ghasa, tous les bus sont plein. Après 1h30 d’attente, le  5e bus sera le bon. Et là, encore du dépaysement. Le bus local népalais, c’est une expérience à vivre. L’espace entre les siège est si petit que mes jambes ne rentrent pas, et pourtant je ne suis pas grand. Les gens sont debout, les sacs de voyage sur le toit, les chèvres à l’intérieur, la musique indienne à fond, bref le pied.

Beni marque le retour à la civilisation et la fin du tour nord des Annapurnas. Fini les petits villages tibétains avec leur charme authentique, les petits enfants jouant dans les rues, les chèvres et la vaches allongées paisiblement. Là, on est dans la poussière, le bruit et la crasse. On change de bus.

Dernière section, Beni – Pokhara. Route goudronnée. Bus tout aussi local et tout aussi plein. Je fais tout le voyage avec une vieille dame qui dort sur moi.

 

Pour la première fois depuis le début du Tour nord des Annapurnas, il pleut. Une pluie forte, continue, comme une douche. C’est curieux, car nous sommes en saison sèche et la mousson est finie depuis un mois.

Le lendemain matin, arrivé à Pokhara, je reçois un message de mes proches, alarmistes : « Ca va, tu n’as rien ? On est inquiet ? » Bah oui, je vais bien. Que s’est-il passé ? J’ouvre un journal : blizzard sur le Thorung La, 20 morts et des disparus.

Ce que j’ai pris pour une pluie était en fait une queue de cyclone indien qui n’aurait jamais du remonter si haut, mais qui, une fois franchi une première barrière de montagne, s’est engouffré dans la vallée. En arrivant aux Annapurnas, elle s’est transformé en blizzard et à soufflé toute la région.

Le bilan final fait état de 116 morts et plus de 120 disparus, sur tout le secteur, mais dont la moitié sur le col de Thorung La. Les secours et les guides ont été totalement désemparés, devant une catastrophe d’une telle ampleur.

A 3 jours près, j’étais à leur place, et je serai sans doute mort, ou les doigts gelés. Quelques jours plus tard, j’ai croisé une française qui était là haut au moment du drame. Ce qu’elle m’a raconté donne froid dans le dos. On oublie vite, lorsque les conditions sont clémentes, que la montagne est un endroit dangereux, où il faut toujours faire preuve d’une extrême vigilance…

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Ce que j'ai aimé

A la lecture de ce Carnet de trek Annapurna, il ne vous a sans doute pas échappé que l’appel de la montagne est progressif. Et c’est vraiment le point fort de cette aventure, qui m’a remplit en émotions : la progression. Je l’ai ressenti sur quatre plans :

  1. L’évolution des paysages. Tropical et rizières au début, alpin puis clairement montagnard, l’évolution quotidienne des paysages m’a plongé dans un constant état de contemplation,
  2. l’évolution spirituelle. D’une influence hindoue marquée, des indices de plus en plus présents se dessinent au fur et à mesure de la montée en altitude. Une montée en puissance qui prend peu à peu des allures de pèlerinage,
  3. L’évolution du climat. Chaud et humide, supérieur même à 30°C, on passe à des température très inférieure à 0°C après plusieurs jours avec l’altitude
  4. L’évolution de l’état d’esprit. Un trek qui aurait presque des allures de balade sur les 4/5 premiers jours et qui se transforme progressivement en aventure épique. Il nous laisse le temps de profiter, à notre rythme, de tout ce qui nous entoure.

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Ce que j'aurais pu faire mieux

Au niveau équipement et préparation physique, c’était parfait. En revanche, un peu de bon sens et d’échanges à Katmandou m’aurait permis d’économiser pas mal d’énergie sur ce circuit.

La consigne à l’hôtel les amis, est vraiment quelque chose qui se fait partout, même dans de tous petits hôtels, et c’est vraiment une astuce importante à retenir : ne partez pas avec toutes vos affaires, ne prenez que l’essentiel et laissez le reste à l’hôtel.

La partie inférieure est assez monotone, c’est vraie. On marche sur une piste, on se fait doubler par des jeeps bon, ce n’est pas ce qu’il y a de plus agréable.

Si je n’avais eu aucune contrainte de temps et d’argent, sans doute que j’aurais poussé jusqu’au Haut-Mustang. Parce que l’expérience doit être incroyable. Une autre fois !

 

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Pour compléter ta lecture

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On vous souhaite un excellent voyage,

Affectueusement,

Angélique et Raphaël