Depuis notre arrivée en Bolivie, le passage à Potosi et notamment la visite de la mine, est sujet à polémique. Vais-je ou ne vais-je pas dans la mine, la question est sur toutes les lèvres et chacun à son avis. Tourisme de la misère, voyeurisme, exploitation des mineurs, quand-même-il-y-a-des-gens-qui-meurent-tous-les-jours,…

Donc, je suis allé faire la visite de la mine. Guidée bien sûr. Pour voir, et surtout pour apprendre. Étant géologue de formation, combien de fois a-t-on l’occasion de visiter un mine souterraine en activité ? Très peu, voire aucune, à moins d’en faire son métier.

Et attention, la mine de Potosi n’est pas une mine comme les autres. Dans notre milieu c’est une légende, au même titre que Yanacocha au Vénézuela, Chuquicamata au Chili, Jubilee en Russie ou Kimberley en Afrique du Sud. Rien de moins que la plus grande mine d’argent du monde, plus de 500 km de galeries, des milliers de tonnes d’argent extraits et évidemment des milliers de morts sur ses 500 ans d’exploitations.

La visite de la mine en soit, depuis l’entrée dans le tunnel principal jusqu’à sa sortie, dure 2h. Deux heures plutôt éprouvantes, à éviter les chariots de gravats in extremis, à grimper dans des boyaux de la largeur d’un homme, à tousser à cause des gaz et de la poussière, à passer du chaud irrespirable au froid glacial en 5 minutes et à suffoquer à cause de l’altitude (4400m). Et bien sûr aller à la rencontre des mineurs. Car contrairement à ce qu’on pourrait croire, les mineurs apprécient la venue des touristes.

  • Par humilité, car il suffit de 5 minutes passées dans la mine pour comprendre qu’on est pas là pour rigoler. On se fait tout petit, par respect pour leur travail, exécuté dans d’effroyables conditions.
  • Parce qu’on ne vient pas les mains vides, les guides s’en assurent. Coca, dynamite, eau, boissons, ustensiles, le passage au marché des mineurs est obligatoire, afin d’apporter aux mineurs de substantiels « cadeaux ». On ne nous le dit pas, mais sans doute pour que la répartition des revenus liés au tourisme soit un peu plus équitable.
  • Enfin parce que la plupart des agences reverse 15% du coût de la visite, soit 20 Bs (environ 3 euros) aux mineurs.

Tourisme de la misère ? Certes, certains mineurs travaillent depuis l’âge de 12 ans dans la mine, et ce n’est certainement pas la place d’un enfant, mais nous ne sommes pas en Occident. En août 2014, le gouvernement bolivien à abaisser l’âge légal de travail à 10 ans, l’aboutissement pour les jeunes travailleurs de longues années de lutte. Car la réforme de l’âge du travail émane d’une demande des enfants eux-mêmes. Regroupés au sein de leur propre syndicat, ils militent depuis le début des années 2000 pour le droit à travailler et à être protégés.

Les mineurs sont aujourd’hui en large majorité, pas tous, indépendants et regroupés en cooperatives. C’est à dire qu’ils ont la liberté de choisir le nombre de jours par semaine et le nombre d’heures par jour de travail. En contrepartie, ils paient un droit de location d’un boyau qu’ils estiment rentable. Leur revenu est ainsi directement proportionnel à la quantité et à la qualité de minerai extrait. En moyenne, un mineur gagne trois fois plus que le salaire moyen bolivien.

Mais pour combien de temps ? Les réserves du Cerro Rico, tout minerai confondu (argent, zinc, plomb et étain) sont estimées à 7 ans. Déjà, la ville de Potosi est un Patrimoine Mondial Unesco déclaré « en péril ». Les balcons des maisons aux façades baroques du centre historique tombent en ruinent. Seules les nombreuses et belles églises conservent leur majesté.

Sous le crépuscule rougeoyant du Cerro Rico s’éteint 500 ans d’histoire, qui ont fait la richesse de l’Espagne au temps des grandes explorations, et de Potosi la plus grande ville des Amériques. Les quelques milliers de mineurs qui travaillent encore comme au Moyen-Âge ne verront pas leurs enfants travailler dans la mine. Mais alors quel avenir leur proposer ?

Potosi sur le portail des sites inscrits au Patrimoine Mondial de l’UNESCO : https://whc.unesco.org/fr/list/420

Quelques très bonnes adresses à Potosi :

Potosi Cerro Rico
Le Cerro Rico, gisement de la mine d’Argent de Potosi, depuis un balcon de la ville
Potosi Cerro Rico mineur
Mineur déboulant avec son chariot de 2 tonnes
Cerro Rico Potosi mine
Mineur examinant le minerai extrait
Cerro Rico Potosi Mine sortie
La fin du tunnel, enfin !

  • Auteur/autrice de la publication :
  • Post last modified:4 mars 2019

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